Les Français, internet et les données numériques

Quel avenir pour nos données numériques ?

40 millions. C’est le nombre de français qui possèdent internet. Si nous avons un ordinateur et internet, nous avons des comptes numériques, et avec ces comptes des données. Les données numériques que nous stockons, partageons et diffusons sont des informations personnelles, des informations administratives relatives à notre statut, situation etc. (homme/femme, marié/célibataire…), à notre situation personnelle (tel emploi, vivant dans telle ville…), ou encore sur des activités que l’on pratique, des tendances que l’on suit, ou encore des hobbies. Nos données sont donc multiples et variées, c’est la raison pour laquelle nous les appelons données personnelles.

 
En moyenne, un français possède 100 comptes en ligne. Et nous ne sommes que troisième après les américains qui en possèdent 130, et les britanniques 118. Si vous êtes étonné, ce n’est pourtant pas si illogique quand on pense au nombre d’applications qui demandent une identification. Cela peut alors aller d’une adresse mail à un compte en ligne pour acheter un bien, un réseau social, ou encore lorsqu’on répond à un formulaire, s’inscrit dans une communauté, un forum etc.
 
Aujourd’hui une donnée correspond donc à une information et peut être porteuse de nombreux éléments, et parfois même vaut de l’or. Il y a alors plusieurs supports qui permettent l’hébergement et la transmission de nos données personnelles :
Une adresse mail
Un blog
Un forum
Un réseau social
Un site internet de vente de biens en ligne
 
Et la liste n’est pas complète. Alors évidemment nous pouvons choisir quelles données nous diffusons, mais bien souvent il ne suffit pas de grand chose pour transmettre même ne serait-ce qu’une petite donnée très rapidement. 
Prenez par exemple le cas d’une adresse mail pour faire au plus simple ; lorsque vous créez un compte, vous devez automatiquement donner votre nom, prénom, dans la majeure partie des cas un numéro de téléphone, et parfois même une adresse fixe. Bien sûr il est toujours possible de donner de fausses informations, mais vous avez transmis au moins une information réelle, qui sera enregistrée et rediffusée par la suite. 
 
De nombreux auteurs se sont penchés sur cette problématique et continuent à se questionner sur cette notion de persistance des données, formant ainsi notre identité numérique. On appelle alors identité numérique notre profil numérique, composé de toutes ces données personnelles qui caractérisent un individu qui agit et partage des informations. Comme une complémentarité de notre présence physique. Un « Moi » hybride, comme le reflet numérisé de nos agissements sur le net, et parfois même comme sur un réseau social, nos activités réelles représentées et partagées sur le net.
 
Olivier Ertzschied, chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication à l’Université de Nantes, et auteur de « Qu’est-ce que l’identité numérique ? ». Paru en 2013, nous évoque assez clairement ce phénomène : 
 
« De manière plus circonstanciée, l’identité numérique peut être définie comme la collection des traces (écrits, contenus audio ou vidéos, messages sur des forums, identifiants de connexion, etc.) que nous laissons derrière nous, consciemment ou inconsciemment, au fil de nos navigations sur le réseau et le reflet de cet ensemble de traces, tel qu’il apparaît « remixé » par les moteurs de recherche. Mon identité numérique c’est : adresse IP, cookies, courrier électronique, nom, prénom, pseudos, coordonnées (personnelles, administratives, bancaires, professionnelles, sociales), photos, avatars, logos, tags, liens, vidéos, articles, commentaires de forums, données géolocalisées, etc. »
 
Mais là réside toute la nuance entre le monde numérique et notre monde physique quotidien. Comme une marque indélébile, un tatouage ; une donnée numérique restera en ligne. Même si on propose de les supprimer ou que l’on essaie de les changer, les données précédemment transmises restent sur le web. Si on transmet ses informations de base pour créer une adresse mail, rien qu’un nom ou une adresse, elle est automatiquement enregistrée et traitée. Ce n’est pas par voyeurisme ou dans un esprit négatif, c’est simplement le fait que nos informations sont répertoriées et classées, dans le but d’être analysées pour pouvoir proposer des services (des publicités par exemple) ou faire des moyennes sur le nombre d’internautes et une situation géographique, par exemple. Cela peut alors s’avérer très utile dans le cas où, si sur votre ordinateur et/ou votre smartphone, on sélectionne des données, elles sont automatiquement enregistrées et donc stockées très facilement. C’est une des raisons pour laquelle vous trouverez un restaurant proche de chez vous, que vous pourrez compléter une inscription en ligne, ou encore un formulaire quelconque en quelques clics.
 

Mes données numériques sont stockées, mais où et combien de temps ?

 

Là est toute la difficulté de la situation, ces données sont stockées, certes, elles sont alors mises en ligne, et restent sur internet. On appelle alors ce phénomène les traces numériques. Ce sont ces données qui restent, qui errent de sites en sites, et peuvent être retrouvées parfois même sur des sites que nous n’avons pas visité. Comme lorsque l’on traverse un lieu et marchons quelque part, nos pas peuvent rester ancrés. Mais contrairement à des traces dans le sable qui s’effacent progressivement, sur internet comme les données sont volatiles et immatérielles, elles volent de plateforme en plateforme et donc ne sont jamais vraiment effacées.
 

Que deviennent mes données personnelles sur internet ?

 
Effectivement, si elles sont constamment en ligne et non réellement effaçables, nos données persistent dans le monde disons « physique », si on veut construire un immeuble à la place d’une ruine, on détruit les restes des ruines et on reconstruit par dessus : on rentabilise, on réutilise, on fait de la place pour pouvoir construire autre chose. Mais sur internet c’est différent. En effet, on peut changer des identifiants, on peut modifier des informations, mais pour ce qui sont de certains comptes qu’on ne contrôle pas, où vont nos données et comment persistent - elles ?
 
Par exemple, de notre vivant nous ne contrôlons pas toutes nos données, mais si on meurt, après que se passe-t-il ? Évidemment cette idée n’est pas des plus réjouissantes, mais c’est un fait on vit et il arrive un moment où la vie s’arrête, notre corps n’est plus « présent » physiquement, plus « vivant » et nous sommes déclaré comme civilement décédé. Mais sur internet, si personne n’indique que nous ne somme plus là, si rien n’a été fait pour transférer nos comptes et supprimer l’activité de notre profil numérique, rien ni personne ne s’en chargera. 
 
Déjà qu’il est complexe de supprimer intégralement ou en partie un profil numérique et les traces qui découlent de nos données personnelles, dans le cas d’un décès, il y a un autre problème qui émerge : que deviennent nos données, et qui sommes nous alors ? La réponse n’est pas simple, mais disons qu’il s’agirait de fantômes numériques, de traces et de profils qui continuent d’exister numériquement mais ne sont pas supprimées et ne le seront peut-être jamais.
 
Le devenir de vos données numériques vous intéresse?
Répondez à l’enquête inter-universitaire Usages du web & éternités numériques: mémorial en ligne, devenir des traces numériques. 
Enquête conduite dans le cadre du projet ENEID Éternités numériques financé par l’Agence Nationale de la Recherche.
Pour y accéder, cliquez ici : http://tiny.cc/eneid14te
Pour en savoir plus sur le projet ENEID Éternités numériques: http://eneid.univ-paris3.fr/node/15