Le deuil après un suicide
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Le deuil
L'homme a beau savoir que tout être humain est mortel, lorsque la mort frappe, il a l'impression que c'est la première fois, surtout lorsqu'il s'agit d'une mort violente.
On a du mal à admettre la mort et encore plus le suicide qui pourtant ne doit pas être considéré comme un désir de mort, mais un désir de mettre fin à une souffrance devenue intolérable. Pour tuer cette souffrance, la personne n’a pas trouvé d’autre solution que de se tuer.
Et pourtant, Le suicide est, dans notre pays, la première cause de mortalité traumatique bien avant les accidents de la route. 10.400 morts environ par an dont 950 chez les moins de 25 ans, soit 3 suicides par jour. Le recueil du nombre de suicides est difficile : les causes de décès ne sont pas toujours communiquées. On estime ainsi à 20 % cette sous-estimation.
160 000 TS (tentatives de suicide) « reconnues », dont 40 000 pour les 15/25 ans, soit 110 TS par jour. Les filles font plus de TS mais les garçons en meurent davantage. Le suicide est « officiellement » la deuxième cause de mortalité chez les 15/25 ans.
Le suicide est ressenti comme une transgression des lois naturelles, transgression longtemps stigmatisée par la société, par la loi et par les religions.
Pour faire son deuil d’un proche suicidé, il faut accepter cette décision même si on ne la comprend pas car il restera toujours une part de mystère. On ne peut pas choisir pour l’autre. C’est un acte que l’on n’a pas à juger.
On se trouve dans une situation particulièrement éprouvante faite d'incompréhension ou même d'incrédulité du geste du défunt, de révolte vis-à-vis du destin, voire vis-à-vis du suicidé lui-même.
La colère survient presque systématiquement dans le deuil après suicide. La refouler dans l'instant serait prendre le risque qu'elle réapparaisse plus tard et complique le deuil.
On passe par des phases d’insomnie, de grande angoisse, de colère, de difficultés à penser à autre chose. Un sentiment de culpabilité envahit souvent le proche : « Pourquoi n’ai-je rien pressenti ? Pourquoi ne m’a t-il – ou elle- pas parlé ? J’aurais pu l’aider, éviter le pire… « si j'avais su, si j'avais été là, si...si...si...”
C’est un processus normal mais avec le temps, la culpabilité se changera en regrets puis il ne restera qu’un sentiment d’impuissance face à la mort et d’acceptation. Il faut admettre que la personne qui s’est suicidée emmène avec elle sa part de mystère, qu'il n’y a pas à la juger mais à s’efforcer d’accepter qu’on ne pourra jamais tout comprendre.
Les tranquillisants ou anxiolytiques peuvent être une aide passagère, mais il vaut mieux s’ouvrir à d’autres qui ont vécu la même situation ou se faire aider par un psychologue.
Toute mort violente est accompagnée d’une enquête, souvent ressentie comme un traumatisme et pourtant nécessaire pour connaître de façon certaine la cause de la mort. Les policiers ou les gendarmes ne sont pas là pour suspecter les uns ou les autres, mais pour réunir les éléments matériels, les témoignages afin de mieux connaître les circonstances liées à une mort par suicide et aussi d’éliminer tout autre hypothèse explicative. Le médecin légiste auquel le corps aura été confié pour réaliser selon des techniques habituelles et dans un respect total du corps de la personne, les examens confirmant les causes et les circonstances du décès, peut aussi répondre à vos questions. Il aura peut-être découvert un certain nombre de pathologies qui pourraient expliquer le geste.
Des groupes de soutien pour personnes endeuillées par le suicide ont été mis en place dans plusieurs associations.
Consultez notre annuaire, pour trouver les associations près de chez vous.
Et puis aussi des livres
- Après le suicide d'un proche, Docteur Christophe Fauré, Albin Michel, 2007
Christophe Fauré aborde tous les aspects de cette souffrance pas comme les autres : le gouffre de la culpabilité, la colère, le vécu dépressif et le désespoir, la tentation d'en finir à son tour, les difficultés dans la relation avec autrui, l'extrême solitude, le désarroi des proches...
- Le deuil après suicide, Michel Hanus, Editions Maloine, 2004
Cet ouvrage conçu à partir de la pratique de plusieurs centaines de familles touchées par le suicide repose essentiellement sur le rappel des publications internationales surtout anglo-saxonnes.
- L'inconsolable, Anne Godard, Editions de Minuit
Il est des histoires qui vous nouent le plexus à chaque page. Comment résister à cette petite voix s’adressant à une mater dolorosa qui ne vit que dans le souvenir de l’enfant mort, adolescent suicidé sans un mot pour expliquer son geste ?
Cette mère qui a soigneusement balayé le présent et les vivants pour ne se consacrer qu’à ce deuil ?
- Quand un enfant se donne la mort, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2011
Comment comprendre qu'un enfant puisse se donner la mort ? Quelle politique de prévention imaginer ? Ce livre consigne le rapport que le psychiatre Boris Cyrulnik a remis à la secrétaire d’état à la Jeunesse et à la vie associative Jeannette Bougrab en septembre 2011 pour lutter contre le suicide des enfants en France.
- Tout savoir sur le suicide pour mieux le prévenir, Pierre Satet, Editions Favre,
Le suicide est difficile à appréhender, à comprendre, aussi bien par la famille que par le corps médical. Si de nombreux progrès ont été accomplis dans ce domaine, le sujet reste encore tabou, comme nous l’explique Pierre Satet, qui a fondé l’association Suicide écoute après la disparition volontaire de son fils aîné.
- Un amour exclusif, Johanne Adorjan, Presses de la Cité
« Mes grands-parents se sont suicidés le 13 octobre 1991 […]. Le dimanche, la famille téléphone, les amis proposent d’aller ensemble faire un tour avec les chiens, un lundi, par exemple, m’aurait semblé plus indiqué. » Ainsi parle Johanna, leur petite-fille, qui, à travers ce récit, tente d’imaginer leurs derniers jours et ce que fut une partie de leur vie.



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