Réussir dans la mort

« Devant cette pierre hélas repose mon père...C'était mon meilleur ami, des amertumes de la vie.
Un soupir exhalait-il ma peine, Il me disait, me serrant la main: mon fils, console toi.
Maintenant..........seul ».

Cette déclaration d'un fils à son père fait partie de ces hommages rendus invisibles par le temps que l'on peut déchiffrer parmi d'autres lettres d'outre-tombe.

 

Gravée vers 1830, ces mots délicats témoignent de la liberté qu'employaient les hommes à l'époque où la législation leur a permis par tous les moyens d'expression dont ils disposaient d'enfouir leur peine au cimetière. Liberté écrite aussi dans de grandes déclarations d'amour.
En relevant les mots  parfois anciens, figurant sur les monuments, l'on s 'aperçoit que l'humour flirte bien souvent avec la nostalgie.
L'évangile souvent comme réponse et la connaissance parfois comme bouclier, les épitaphes sont des textes intimes et personnels, des mots d'amour ou de douleur, de célèbres citations, parfois puisées dans les livres les plus anciens.

 

Poésie ou cris du cœur, les regrets et la tristesse se lisent sur la pierre : Par ici une hirondelle s'est envolée au printemps dernier, par là un ange au ciel, dans le village suivant, le souvenir d'une mère à son fils puis à côté un »A toi mon enfant chéri ». Celui-ci remercie ses parents de l'avoir bien éduqué, celui-là se moque de l'après, du moment qu'il existe un paradis pour sa maman.
Si les vivants prient leurs morts de préparer la-haut leur bonheur, d'autres plus pessimistes signalent qu'il n'y en a plus sur terre depuis leur envol.

 

 

Dans les cimetières reposent des amis, des bons pères, les tendres épouses, des esprits généreux et sensibles mais on y trouve bien plus aisément des prêtres, des notaires, des généraux, des instituteurs, des huissiers, des médecins, des artistes peintres, des comédiens, des écrivains, des maires, des députés, des juges d'instruction et des avocats à la cour. Une liste de défunts aux professions assez honorables pour mériter d'être inscrites sur les stèles, mais réduisant finalement leur passage sur terre et leur âme à ce qui ne fût qu'une simple tâche alimentaire quotidienne. 
On constate à ce titre que la mort épargne les maçons, les menuisiers, les plombiers, les
marchands, les balayeurs, les caissières, les livreurs, les aides soignantes ou les boulangers. Ceux
là sont les grands absents du cimetière. 

 

Sil a été donné à certains de « réussir dans la vie », suffisamment pour que leur métier les suive jusque dans la tombe, souhaitons qu'il leur a été donné le bonheur de la réussir...tout simplement.   

 


Ajouter un commentaire


Identifiez-vous ou devenez membre
pour poster un commentaire.