Sophie Farrugia

"Lucie de l'amère mort", ou l'épreuve du deuil

Le deuil ... C'est une étape nécessaire pour avancer. A la disparition d'un être cher il est de bon ton d'observer cette période de transition appelée le deuil, manifestement essentielle à la reconstruction d'une sensibilité ébranlée, malmenée par le plus naturel des bouleversements : la mort.

Autrefois, le deuil était visible. Le noir était porté, il affichait une tristesse, un état, la volonté de réclamer un partage de la peine. "Regardez-moi, je suis en deuil, souffrez avec moi, je vous en conjure, respectez ma douleur"...

Aujourd'hui, rares sont les personnes qui abordent un brassard noir ou même une tenue vestimentaire sombre pendant un temps donné. Le code des couleurs n'est presque plus respecté lors des enterrements ou autres cérémonies funèbres et nombreuses sont les personnes présentes arborant même quelques couleurs chatoyantes en signe de souvenir de la joie d'avoir connu cet être disparu.

Le deuil est donc exprimé autrement. Voir même enfoui au plus profond de notre être. A tel point que l'expression est même banalisée et utilisée à tout bout de champ par bon nombre de spécialistes du développement personnel ! Faire son deuil après une rupture sentimentale, faire son deuil d'une alimentation trop riche en sucre, faire son deuil d'une période de sa vie légère et insouciante... Etre et avoir été. Faire son deuil c'est presque une expression du quotidien. Une vulgarisation d'un état auquel on ne prête presque plus d'attention.

Lorsqu'un être cher disparaît, il n'y a rien de plus personnel que la notion de deuil. Celle ci renvoie à la spécificité de la relation qu'il nous était donnée d'entretenir avec le disparu. Nous seuls savons ce qu'il en était.

Bien souvent, le deuil et la douleur sont minimisés et relégués à la distance des rapports. Comme si une arrière Tante ne devait pas être pleurée par son plus jeune petit neveu. Perdre un père est-il plus ou moins douloureux que de perdre un époux ? Une soeur ? Une grand mère ? Perdre un être cher à un âge avancé est presque normal, ou encore en cas de conflit non résolu "tu n'es pas vraiment triste, tu ne l'aimais plus ..." s'entendra-t-on dire ! On observe alors  des comportements visant à minimaliser la douleur, à réclamer une remise en état psychique quasi instinctive. "Elle est morte à 92 ans et entourée de tous ses proches, c'était un bel âge, il faut passer à autre chose désormais".

Non justement, ce n'est pas si évident que cela.

Lucie de l'amère mort est le premier ouvrage de Caroline Valbrun. L'auteur y évoque sa relation si particulière entretenue depuis son plus jeune âge avec sa grand-mère récemment disparue, sa vie bien remplie, son destin hors du commun.

 

Flash back, évènements de vie, quotidien, les pages défilent et la notion de deuil y prend toute son ampleur. Douleur de l'absence, douleur de l'irréversibilité de la mort, entre tendresse, joie, tristesse, amour, le deuil est difficile. La disparition d'un être cher laisse un goût amer. Une "amère mort" qui mettra du temps à se faire accepter. Mais doit-telle forcément être acceptée ?

A travers son récit, Caroline exprime sa douleur et ce processus de deuil qui prend visiblement un peu plus de temps que prévu selon les codes exigés par notre société. Ne surtout pas montrer sa souffrance, l'archiver au plus vite. A-t-elle vraiment envie de faire son deuil ? Faire son deuil c'est aussi passer à autre chose. Elle n'a pas envie de passer à autre chose et son livre en est la preuve. Garder en elle cet amour qu'elle a reçu de l'être cher et le transmettre, parler encore, la faire exister à travers elle, toujours.

Un témoignage bouleversant qu'elle veut laisser à ses proches. La revendication d'une sensibilité, de la nostalgie et de la douceur d'une époque enchantée. La mise en lumière d'un personnage exceptionnel. Une déclaration d'amour.

Nous sommes des êtres mortels, mais nous vivons, pensons, agissons comme si notre durée sur cette planète était illimitée. C'est lorsque nous nous retrouvons confrontés à la réalité que la précarité de notre vie prend alors toute son ampleur.

Accepter la part de tristesse qui ne semble pas vouloir nous quitter c'est accepter l'amour que nous avons éprouvé pour l'être cher qui nous a quitté et que nous voulons continuer à faire vivre pour le restant de de notre vie. Avancer un peu plus chaque jour, mais accepter sa souffrance. Car sans souffrance, point de vie.

Lucie de l'amère mort, le premier roman de Caroline Valbrun

Disponible chez Edilivre : edilivre.com/lucie-de-l-amere-mort.html

Caroline Valbrun sera présente pour dédicacer son ouvrage  sur le stand Edilivre le dimanche 18 mars 2012  à 10h00 au Salon du Livre de Paris, Porte de Versailles stand E69.


Ajouter un commentaire


Identifiez-vous ou devenez membre
pour poster un commentaire.