Métro Père-Lachaise

Mai 1991 - Vingtième arrondissement de Paris-Boulevard de Ménilmontant - En haut des marches de la bouche du métro Père-Lachaise, un grand mur s'enfuit vers l'infini. C'est étrange comme il se fond dans le paysage urbain et le grondement des moteurs...

 

Un grondement qui semble venir de plus loin encore, tant la ville est étendue. De l'autre côté du mur il y a le calme, il y a le grand cimetière et les piétons habitués passent comme s'il n'y avait rien...rien alors que toi tu viens de province pour voir la tombe de Morrison en te disant que c'est tout de même classe de donner un nom de cimetière à une station de métro. Il est là de l'autre côté ce dandy et poète Américain venu s'échouer en Europe il y a vingt ans. On reparle beaucoup de lui depuis la sortie du film d'Oliver Stone, retraçant le parcours des Doors, groupe de musique des années soixante qu'il a guidé avec chaos .

De l'autre côté du mur, c'est en quelque sorte Paris en petit...et en mort. La mémoire de millions de vies éteintes y est inscrite sur des mausolées tous plus différents et impressionnants les uns que les autres et de là naît le paradoxe : D'un côté, une bonne tranche de l' humanité et de l'autre le monde vivant, le monde minoritaire, le monde de ceux qui sans y penser se préparent.

Henry Scott-Holland  écrivait : « ...Je ne suis pas loin...juste de l'autre côté du chemin... ».
Ici comme dans tous les cimetières du monde, les morts ne sont pas loin : juste de l'autre côté du mur...si proches et si intouchables à la fois.

Alors voilà l'impression que peux te donner un jour un mur : une sorte de grande muraille de ville cernant un enclos, ne livrant aucun de ses secrets depuis l'extérieur à part les feuillages des arbres débordant de sa hauteur. A moins d'être endeuillé ou passionné, ce mur sombre inciterait à peine à franchir la petite porte de l'angle du boulevard et il te faudrait une occasion toute particulière pour passer de l'autre côté.

L'occasion, c'est ce matin de Mai 91 où tu venais rendre une visite conforme à l'air du temps à l'une des icônes les plus déjantées de la musique Pop. Tu découvres alors ce musée à ciel ouvert, ce jardin public pas banal, cette étrange et sublime cité des âmes, cette colline de marbre avec ses chemins escarpés, ses routes pavées, ses légendes, ses étages et ses cul-de-sac, t'offrant le privilège sensationnel de croiser Géricault, Rossini, Molière, Daudet, de Musset, Proust, Balzac, Chopin, Appolinaire...en pierres et en os, réunis sur quelques hectares.

A la fin de la journée, tu sors du cimetière les jambes en compote, des ampoules au talons et reprends le métro, station Père-Lachaise, vers une destination inconnue histoire de voir un peu la capitale en pestant tout de même après l'horaire tardif du train qui te ramèneras dans ton Est Français.
En attendant l'heure, tu échoues à ton tour sur un banc de la place de Clichy et observe avec une migraine et une ivresse « Morrisonienne », le manège des autos et des deux-roues tournant en rond dans un cycle infernal et infaillible, un monde minoritaire persuadé et persuasif...allant rapidement mais sûrement vers une mort certaine et non datée.

De retour chez toi et grâce à un Rimbaud de cuir Californien venu mourir ici en Juillet 71, qui fit les belles heures de l'histoire du Rock, il te prendra l'envie d' ouvrir un livre pour admirer de plus près « Le Radeau de la Méduse » et bien d'autres œuvres encore sur une Nocturne pour piano qu'un vilain cimetière t'auras remis en mémoire...Thank you Mister Morrison !   


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