Les portes de la mort
On entre au cimetière la tête basse, les jours d'enterrement ou les jours de douleur pour rendre visite à nos proches de l'en-dessous, mais rarement l'idée ne nous vient de lever les yeux vers le ciel en passant sous les grands portails des enclos funéraires.
Sans doute suscitent t-ils de nos jours l'indifférence ou le rejet de la part de ceux qui, tristes ou contraints les franchissent, voyant ajoutée au décor une pincée de «macabre».
Datés et signés comme se doit de l'être l’œuvre d'un artiste, ils nous présentent bien des détails ornant leurs piliers, leurs tympans, leurs grilles de fer ou de fonte, dans un savant mélange de styles architecturaux.
Depuis le début du XIX ème siècle de nombreux symboles sont nés de l'imagination de sculpteurs, d'architectes de renom ou parfois empruntés aux différents courants de pensées des siècles passés. Milles visages, milles masques de terreur, chérubins diaboliques, démons angéliques, oiseaux de malheur, êtres de mauvaise augure, figures décharnées, vampires et créatures antiques, sirènes malines et déesses cocasses que l'usure a rendu plus terrifiants encore griffent nos âmes, chatouillent notre conscience, narguent notre ego d'immortel.
Dame la Mort en personne et en os, gardienne intransigeante de l'enclos, vient parfois nous menacer de son regard creux et de sa faux efficace bien qu' édentée par l'érosion naturelle.
Ainsi la perspective de la mort, aujourd'hui mise entre parenthèse de notre culture occidentale et perçue comme une probabilité, nous met hélas brutalement face à sa réalité lorsqu'elle abat son couperet fatal. On en oublie aujourd'hui d'ouvrir notre regard et d'observer au dessus de nos cranes, ce monde imaginaire frappé dans la pierre vieillie des portails.
Quand on s'y arrête un instant, cette féerie morbide nous glace le sang comme à la vue d'un fantôme bien qu'elle n'ait eu pour simple mission depuis des siècles, de nous mettre en garde avec sagesse et honnêteté sur notre bien-faire terrestre nous promettant ainsi un bien-être céleste. En ces temps plus anciens, la vie était estimée telle une chance et si le vivant la menait sous cet angle, on lui garantissait celle de réussir sa mort et son existence dans l'au delà.
Prônant l'espoir par le biais de l'irrémédiable, les portes de la mort, passages étroits et obligés tiennent encore sur leurs solides fondations mais dans le déni général accueillent le profane, entrant sur les terres sacrées du royaume des défunts où nul n'est souverain.
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