Virginie Pons

Le portrait

Mémoire de pierre ou de bronze !

« Un beau sujet pour un poète qui voudrait parler d’un sculpteur, c’est de parler du talent qui, après la mort, rend les traits d’un fils chéri, d’une femme, d’un guerrier, et va, avec un morceau de terre, les faire sortir de terre. » citation de David d’Angers (1748-1829 Père Lachaise)

Ce qui a toujours attiré mon regard dans un cimetière c’est avant tout la sculpture funéraire au travers les bustes, les gisants, les pleureuses etc …

Et c’est ce qui m’a amené à partager avec le public cette passion pour cet art à part entière qui a ses codes.

 

Le portrait en pied

A travers le portrait et donc par les traits, la tombe garde le souvenir.

Au XIXème siècle quand on a peu de moyen on se contente du médaillon, le buste étant une formule plus prisée. Mais le portrait en pied du défunt est un art funéraire impressionnant et remarquable.

Souvent, ces monuments nous évoquent une scène.

Comme le monument de Vivant Denon (1747-1825 Père Lachaise) graveur et dessinateur représenté assis, la plume à la main (disparue !) nous rappelant son ouvrage « Voyage dans la Haute et Basse Egypte », et en costume nous projetant au siècle des Lumières ! Le sculpteur Pierre Cartellier (1757-1831) reposant aussi au Père Lachaise veut à nos yeux faire revivre le défunt avec cette physionomie malicieuse, souriante, reflétant l’esprit et la culture de celui qui après avoir participé à l’expédition d’Egypte, a eu pour tâche la création du musée du Louvre dont un des pavillons porte son nom. J’aime ce monument et le contempler, j’ai toujours l’impression que Vivant Denon attend un moment propice pour évoquer avec moi son expérience égyptienne !

 

denon - père lachaise - alloleciel

 

Avec Edmond About (1828-1885 Père Lachaise) nous pénétrons dans l’intimité du défunt. Il ne manque par une mèche à la frange de la chaise, ni un poil au col de fourrure de la robe de chambre. Et pour que les choses soient claires il tient un livre et une plume pour nous rappeler qu’il s’agit d’un écrivain !
Nous entrons aussi dans l’intimité d’un foyer avec ce couple dont la femme s’apprête à assouvir un geste de tendresse voir d’amour ! Car il s’agit bien là d’amour … et nous sommes dans un cimetière !

 

About - père lachaise - alloleciel

alloleciel

 

Avec Zénobe Théophile Gramme (1826-1901 Père Lachaise) né près de Liège en Belgique il en est de même. Assis dans un fauteuil Louis XVI sous lequel il y a quelques machines, il travaille à la dynamo industrielle dont il est l’inventeur.  Et il est là prêt à nous  expliquer le fonctionnement de son invention et tous ses avantages pour ses contemporains et les générations futures.

 

gramme - père lachaise - alloleciel

 

Les femmes auront aussi leur portrait en pied mais au XIXème siècle, elles n’ont guère d’activité possible, sinon la charité et la prière.

Pour exemple : le magnifique monument de Clara Bancroft. Sur la face du monument nous apprenons qu’elle est née Peabody en 1826, veuve d’Edward Bancroft et décédée le 3 septembre 1882 à l’âge de 56 ans.
A l’arrière du monument nous apprenons ceci : qu’elle a été exhumée du cimetière de Passy le 28 mai 1884. Son gendre et ses petits enfants pour accomplir les dernières volontés de sa fille la Comtesse Tyszkiewicz ont élevé ce monument témoignage d’un pieux souvenir.

Elle est donc représentée les mains emplies de fleurs et l’air mélancolique.

 

bancroft - alloleciel

 

Paul Dubois (1829-1895 Père Lachaise) peintre et sculpteur réalise sur sa propre tombe l’effigie de sa mère avec beaucoup de simplicité. Mais c’est plus qu’un portrait c’est l’image de l’amour protecteur, tel que peut l’incarner pour ses enfants une mère tôt disparue.

 

dubois - alloleciel

 

Au XXème siècle, la femme s’émancipe et on retrouve cela dans l’art funéraire avec en particulier un monument du sculpteur Paul Vaudrey (1873-1951) habile à restituer les personnes d’après photographie. Il exécute le magnifique portrait en pied de Suzy Latron née Gazard en 1904 et décédée en 1932. Elle est représentée dans une toilette rappelant les « années folles » mais loin des nouveaux rythmes comme le charleston elle lit un livre sur lequel il y a d’écrit en guise d’épitaphe : « Et Rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin »

 

latron - alloleciel

 

Il y a même des cas d’artistes ayant exécuté leur autoportrait, on profite de cette occasion pour placer le monument sur la dernière demeure !
Le plus impressionnant de tous les autoportraits est celui de Jean Carries (1855-1894 Père Lachaise) céramiste et modeleur. Il s’est représenté entouré d’œuvres qui avaient pour lui une importance particulière : le masque de la mère qu’il avait perdue tout jeune il est orphelin à 6 ans et une de ses oeuvres le « Gentilhomme Louis XIII » qu’il tient dans sa main.

 

carries - alloleciel

 

Il y a aussi l’autoportrait de Louis-Marie Moris (1808-1900 Père Lachaise) sculpteur qui se montre sur un air fier comme pour affirmer sa réussite, lui l’orphelin sans fortune élevé par sa tante. Il l’explique lui-même : « Je suis né  en 1808 Ma Bonne Tante d’une pauvreté extrême me prit, m’éleva jusqu’à sa mort en 1825 Ombre Chère du haut de l’éternelle lumière crois- moi ton neveu reconnaissant 1884. »

 

moris - alloelciel

 

Et je terminerai cette rubrique du portrait en pied par un monument atypique puisqu’il s’agit d’un personnage alité et exécuté en 1914, donc au XXème siècle.
Cette maman Isabelle Khadra morte le 15 septembre 1913 à l’âge de 21 ans laissant un enfant orphelin ! Elle est représentée alitée allaitant son enfant … la maternité. Voilà une image bien émouvante et surtout l’évocation de la vie !

 

kadra - alloeciel

 

A suivre … une autre expression dans l’art funéraire


Ajouter un commentaire


Identifiez-vous ou devenez membre
pour poster un commentaire.