Virginie Pons

Le livre de sa vie : sa tombe

Incontestablement, la plus belle tombe du cimetière de Challans est celle tout en mosaïque d'Aurélie Bénéteau. Malgré les circonstances tragiques de sa mort en 2006, cette tombe ressemble à un lieu de vie.

Les cimetières sont les carrefours de la mémoire humaine. Et l'art funéraire est une façon de se dépasser pour survivre à l'idée de ne plus vivre. Car la mort souvent transcende l'art. Et l'art chez les Bénéteau, on y a toujours baigné. L'artiste Henry Simon (1910-1987), peintre du mouvement dans la lumière, était d'ailleurs le grand-père d'Aurélie Bénéteau (1982-2006).

Rendez-vous est pris sur cette tombe avec la fille du peintre (il eut 8 enfants) Frédérique, la maman d'Aurélie, ainsi que son mari Pierrick Bénéteau, le papa d'Aurélie, et Marc Delineau, le président de « l'Association Aurélie », « qui fait partie de la famille », assure Frédérique en souriant.

« On a beau dire, ce cimetière n'est pas triste. Et cette tombe ne me fait pas pleurer. C'est ma survie. C'est moi qui ai trouvé Aurélie morte », tuée par son ex-petit ami dans son appartement rue de la cité, en novembre 2006. Un meurtre qui avait profondément ému de nombreux Challandais.

C'est vrai que cette tombe ne donne pas envie de pleurer, plutôt de s'y asseoir, en mangeant son sandwich, ce qui arrive souvent à Frédérique et Pierrick, lors de pauses déjeuners entre les heures de travail. Une demi-douzaine de couleurs en font la mosaïque, on y distingue des fleurs, une étoile, un poisson, une tortue, une coccinelle, une boîte à bougies, des cailloux en raku, un coeur rouge sur le « i » d'Aurélie...

Et plus on l'explore, plus on y découvre des détails, des céramiques sur les côtés, reproduisant des danseurs maraîchins signés du grand-père Henry ; ainsi que le portrait d'Aurélie à 4 ans, toujours réalisé par le grand peintre vendéen, un de ses derniers travaux... La stèle est ronde, « en harmonie avec la jeunesse d'Aurélie », ajoute Pierrick, qui a également veillé à l'harmonie des lieux pour qu'ils soient d'une « douceur a contrario de la violence qu'a subie notre fille ». Il y a même une ardoise derrière la stèle pour y écrire des messages, un petit bonjour, je suis passé, je reviendrai, on pense à toi...

 

L'art et l'amour qui sauvent du désespoir

Cette table en mosaïque accroche incontestablement le visiteur. « Nous l'avions commencé à la maison sur un filet avec Aurélie », raconte Frédérique qui donne des cours de mosaïque, tandis qu'Aurélie donnait des cours de musique, l'art toujours ! À la mort d'Aurélie, le travail s'est poursuivi à la maison. Tous les parents et amis sont venus apporter leur pierre, quelques carreaux de mosaïque « dans une grande liberté, avec un riche échange ». D'abord les deux frères d'Aurélie et leurs compagnes, puis Monique Simon, 80 ans, la grand-mère, femme de feu Henry. Puis Théo, Patrick, Chantal, Nadine, Loïs... « J'ai arrêté de compter après 50... »

Le concours de l'ami challandais Patrick Jolly, un entrepreneur de maçonnerie, a ensuite été des plus précieux pour la mise en place de cette pierre en mosaïque, avec possibilité de la démonter, car dans cette tombe « deux autres places sont prévues pour nous les parents ».

C'est pour le jour de la Marche au souvenir d'Aurélie (en 2007), qui avait attiré plusieurs centaines de personnes que cette mosaïque fut définitivement posée. Et c'est au lendemain du procès (2009) que « l'Association Aurélie » fut constituée (250 adhérents). Et font vivre le souvenir de cette lumineuse jeune femme en dénonçant les violences que subissent les femmes, mais aussi de manière très conviviale, par exemple avec leur maillot rose au nom d'Aurélie lors des Foulées challandaises, il y a une quinzaine. Ou en organisant une soirée salsa dimanche prochain. « Cette association et cette tombe font partie de la reconstruction », assure Marc Delineau. Frédérique, avec le sourire : « tout ce que je reçois, c'est plein d'amour. Et je le prends ».

 

Source : http://www.ouest-france.fr


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