Lorsque j’ai commencé à rassembler des informations pour écrire cet article, j’ai été affligée par la pauvreté voire l’absence totale de références sur le sujet. Que ce soit sur les sites des bibliothèques en ligne ou des libraires.

C’est un peu comme si l’art funéraire ne valait pas la peine de se fatiguer à écrire un livre, une thèse ou même une simple monographie ! A part quelques maigres pages sur des blogs ou des sites personnels, je n’ai pas trouvé grand-chose à me mettre sous la dent. Certes, les pages plus ou moins bien documentées ne manquent pas sur le Père Lachaise et les rayonnages des bibliothèques croulent sous les traités relatifs aux tombes égyptiennes, aux stèles romaines ou au mobilier funéraire médiéval mais pour le reste, pas de quoi s’enthousiasmer…

J’ai bien réussi à mettre la main sur « La sculpture funéraire en France au XVIIIe siècle » de Florence Ingersoll-Smouse et une monographie du Chevalier Catrufo sur le cimetière de Montmartre. Mais bon, pas de quoi sauter au plafond…
Tant pis, il faudra faire se débrouiller avec les connaissances glanées par-ci par-là au fil des années et des visites de cimetières…

Étrange ? Oui car la mort et ses représentations sont l’un des thèmes qui traversent l’histoire de l’art avec le plus de constance et qui perdure avec force dans certaines sociétés. À titre d’exemple, on peut citer le Mexique et la relation particulière des mexicains à la mort et aux morts, jusqu'à représenter la mort sous forme de sucreries...

Mais nous sommes plus frileux par rapport à la mort en Occident et nous reléguons tout ce qui s’y rapporte le plus loin possible.
Étrange mais pas tout à fait, donc. A priori, l’art funéraire reste un domaine qui n’intéresse pas la plupart des gens. Au-delà du fait que l’art funéraire est aujourd’hui fortement standardisé par rapport notamment au XIXe siècle, on ne s’y confronte qu’en cas de décès et plutôt par obligation que par plaisir…
Cette indifférence est d’autant plus regrettable que l’art funéraire est une source inépuisable de création et d’innovation artistique.
Il offrira aussi à d’innombrables défunts d’échapper grâce aux monuments et à des codes esthétiques bien établis au « (…) rapide oubli, second linceul des morts » (Lamartine). Car l’art funéraire est au service de la mémoire depuis sa plus lointaine origine.

Enterrer un défunt ne se limite pas à placer son corps dans une tombe. Depuis que l’homme est homme, il rechigne à abandonner ses morts seuls, juste comme ça, dans la terre froide et inhospitalière. Il existe bien entendu quelques civilisation hermétiques à l’art funéraire, comme l’Inde mais le fait de ne conserver aucune sépulture reste très rare.

 

L’art funéraire est donc né de cette volonté d’accompagner les défunts, de garder un lien avec eux, de s’assurer qu’ils accèdent à l’au-delà, quel qu’il soit, à ce qu’ils ne manquent de rien dans le monde qui les attend, bien souvent peu différent du monde dans lequel il ont vécu. Que ce soit en plaçant à leurs côtés des choses auxquelles tiennent les défunts, de la nourriture ou des serviteurs, leurs animaux domestiques préférés, les éléments constitutifs et révélateurs de leur statut social ou de leurs fonctions dans la communauté et tout ce qui permettra à leur âme d’obtenir le repos, le but est donc d’assurer aux morts le « meilleur » au-delà possible et de maintenir un lien avec eux.

Depuis les modestes tombes de la préhistoire, les pyramides des pharaons, les stèles romaines placées le long des routes de l’Empire, les sarcophages grecs ou étrusques délicatement sculptés, les gisants médiévaux, les transis de la Renaissance, les cénotaphes grandioses du XVIIIe ou les caveaux grands comme des pavillons de banlieue au XIXe siècle, la richesse de l’art funéraire s’exprime avec diversité et richesse.. S’il est clair que les tombes les plus modestes disparaissent sans laisser de traces extérieures au fil des siècles et que seules les fouilles archéologiques nous les révèlent, les artisans mis à contribution deviennent des artistes ou de grands artistes sont mis appelés à concevoir le dernier lieu de repos des grands de ce monde.

Ainsi en est-il de Germain Pilon (1528 – 1590), l’un des sculpteurs les plus importants de la Renaissance, qui travailla pour la Cour de France, réalisant les monuments funéraires de François Ier et d'Henri II, les gisants de ce dernier et de Catherine de Médicis.
On pourra également citer pour les XVI, XVIIe et XVIIe siècles Nicolas Blassel (1587 – 1659), Le Bernin (1598 – 1680) ou Robert Le Lorrain (1666 – 1743). La liste n’est pas exhaustive et mériterait un ouvrage à elle seule pour être traitée en détail.

Il est intéressant de remarquer que tous ces sculpteurs n’étaient pas des spécialistes de l’art funéraire. Engagés par des rois ou de riches mécènes, ils étaient amenés à travailler aussi bien sur des monuments funéraires que religieux voire profanes.

Au fil de l’évolution religieuse de leur temps (Réforme, Contre-Réforme), de la curiosité et de la connaissance du corps et du squelette humain ou tout simplement des modes artistiques, l’art funéraire exprime toute sa diversité.

L’art funéraire, au fil du temps, ne se limitera plus à un objet de mémoire ou de piété privée envers les morts mais deviendra comme tout art un objet de propagande au service du pouvoir aussi bien qu’un domaine d’expérimentation et d’innovation artistique.