La Vierge et l'enfant sans tête
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Le catéchumène du cimetière
Les corbeaux chantent, les sapins sifflent, le glas au loin porté par la bise résonne et parvient jusqu'à l'enceinte de ce petit cimetière de l'Est avant qu'une violente pluie de grêle vienne s'abattre sur le décor.
Dans un baldaquin de pierre jaune, spécifique à la région, trône la Vierge et l'enfant telle une image biblique sortie d'un sublime livre de pierre en relief. Cette sculpture aurait pu adoucir le paysage si l'enfant en question n'avait pas perdu la tête.
Comme le pointe très judicieusement du doigt «La Venus de Milo» au musée du Louvre, chaque œuvre porte son histoire avec grandeur mais cette atrophie disgracieuse nous prive du visage de ce bambin câlin et attise le vague à l'âme saisonnier du passant déjà depuis le chemin qui longe le cimetière.
En imaginant que notre mort future soit une réjouissance, ce crépuscule là, dans ce cimetière là ne donne décidément pas envie de mourir. Qu'est ce que l'on pourrait bien foutre ici un après-midi de décembre, si ce n'est que pour son gagne-pain quotidien, on avait à y inscrire dans le granit un nom pour l'éternité ? Il y aurait certes un attrait plus évident à baigner dans les lumières d'un marché de Noël Alsacien avec à la main un Bretzel et un verre de vin chaud, alors qu'ici le seul breuvage possible reste le robinet du cimetière nous offrant une eau non potable coupée pour l'hiver !

Si l'on occultait la période hivernale, qu'inspireraient aux plus réticents les joyaux d'architecture, les riches ornements et les mots envolés que protègent entre leurs murs ces champs de la mémoire ?
Parcourir au printemps la pelouse d'une petite église Romane, parsemée de stèles coiffées de leur lierre qui dans un charmant désordre nous content une histoire...
Visiter une grande nécropole lors d'un week-end à Paris quand les feuilles colorées par l'automne bordent les allées de pavés où se succèdent à l'infini les grandes demeures de pierre, charme un grand nombre d'étranges promeneurs habitués ou d'autres surpris de voir un jour leur curiosité s'animer en passant par là...juste pour regagner le boulevard parallèle.
Si une sagesse jamais vraiment acquise pouvait aider les amateurs d'enclos funéraires à ne pas justifier cet attrait morbide, ils vivraient pleinement leur passion sans la culpabilité que leur imposent les apparents amateurs de la vie. On rencontre en effet des phobiques de la mort bien plus ennuyeux et bien moins Rock'n Roll au quotidien que des croques-morts à l'heure de la pause café, ou des thanatopracteurs à la Saint-Sylvestre.
Si l'on peut comprendre ce sentiment, on ne peux qu' indéfiniment et pour des siècles et des siècles, trouver ce préjugé bien triste à mourir !
En attendant, au cimetière ce soir, le monde marche à l'envers, les corbeaux chantent à la place des fauvettes, le repos est loin d'être aussi doux que leurs cœurs furent bons et même l'enfant Jésus n'a pas la tête sur les épaules. Rien de quoi convaincre un hermétique aux lieux de mémoire. Attendons le Printemps, le retour des papillons pour la couleur et le gazouillis des oiseaux pour la bande son et sans doute retenterons nous notre chance !
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