La perception de la mort de l'antiquité romaine...
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"Profanatics" de tombes
... à l'époque contemporaine.
S’intéresser à la perception de la mort depuis l’Antiquité romaine permet de percevoir et mieux comprendre certains éléments de notre approche culturelle actuelle de la mort car nous avons hérité de certaines croyances et traditions.
Avant l’Empire romain.
Les textes anciens soulignent le fait que les grecs croyaient en l’existence d’un séjour souterrain après la mort : le royaume d’Hadès.
Chez les étrusques, premiers habitants de la péninsule italienne, il existe déjà une croyance dans la survie dans la tombe. Afin que le mort puisse vivre de nouveau, sa tombe doit être à l’image de la demeure des vivants.
Chez les grecs et les romains, le culte des morts est un hommage rendu aux âmes qui ont quitté le corps pour entrer en contact avec les dieux du Panthéon.
En Italie, à la fin de la République, le scepticisme domine parmi les classes les plus cultivées : le doute se fait sur l’existence d’une vie après la mort ou d’un séjour souterrain ou au Panthéon. Le développement de la croyance en une survivance personnelle de l’homme après sa mort est lié à l’évolution sociale et morale de l’Empire romain.
Ainsi, avec l’arrivée des religions orientales la foi en une existence future et en un séjour céleste après la mort se développe.
La conquête romaine diffuse les nouvelles croyances.
L’armée romaine conquérant le basin méditerranéen impose une nouvelle civilisation. Les croyances à l’égard de la mort font parti de ces idées nouvelles qui sont disséminées ; les populations intègrent la nouvelle culture à leurs traditions locales, comme par exemple en Gaule où se crée ainsi la civilisation gallo-romaine. C’est ainsi que le christianisme se développe largement autour du bassin méditerranéen.
Parmi ces croyances et ces rites appartenant aux traditions locales, le christianisme à ses débuts accepte ce qui est compatible avec son dogme. Ainsi, on peut citer le rite, toujours existant de déposer des fleurs sur les tombes ou d’accompagner le défunt avec des cierges.
La fin de l’Empire romain : temps de doute.
Les invasions barbares du III° siècle, la situation sociale et économique désastreuses de l’Empire romain créent un climat très pessimiste. Dans ce contexte, les religions orientales, et en particulier le christianisme, jusque là simplement acceptées par l’Empire romain, prennent un essor. Le christianisme en particulier est perçu comme la religion du salut : les âmes sont conquises par la perspective de trouver une purification spirituelle.
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L’essor du christianisme et la foi dans une nouvelle vie.
Avec le christianisme, les croyances sur la vie d’outre tombe se transforment en une foi dans une nouvelle vie de béatitude. Paul dans l’Épître aux romains, (V, 12) expose que la mort est un tribut payé au péché ; il y voit donc une voie vers le salut, car une fois le péché supprimé, la mort n’existe plus.
La conception chrétienne d’une survivance personnelle de l’âme et d’une résurrection du corps semble correspondre à l’instinct de conservation de l’homme.
Cependant, les rationalistes réfutent alors cette pensée car pour eux, la mort entrant dans la loi de la nature, elle est l’anéantissement de la vie ; ils refusent donc de laisser une place à l’idée de salut.
Avec le développement du christianisme, la mort est placée au centre de la vie. L’Église mène des efforts constants pour entourer et contrôler ce moment. Ainsi, si les épitaphes païennes mentionnaient l’âge précis du défunt (année, mois, jours), les chrétiens signalent la date de la mort car elle est pour eux la date de la renaissance à une nouvelle vie.
Cette place centrale de la mort est également visible géographiquement, puisque le cimetière qui durant l’Antiquité romaine était à l’écart des villes, se trouve, avec l’essor du christianisme, intra muros.
Les villes médiévales ont toutes leur cimetière, aître ou charnier à proximité de l’église. Et l’Église organise tout le cérémonial autour de la mort. Ainsi, on considère qu’être « enterré comme il se doit » signifie être enterré chrétiennement, et la possibilité de se voir refuser la sépulture chrétienne est un fait très lourd.
Les temps modernes, vers une pensée plus sociale et philosophique de la mort.
La pensée moderne demeure encore empreinte de l’influence du christianisme. Ainsi Jean Calvin (1509-1564) écrivait-il : « Il faut donc que la douleur des fidèles soit mêlée de consolation, qui les conduise à la patience. L’espérance de l’immortalité bienheureuse, laquelle est mère de patience, fera cela. »
La pensée se fait plus personnelle et s’éloigne de l’emprise religieuse avec Montaigne qui dans ses Essais (II, VI) déclare : « Quant à la mort, nous ne la pouvons essayer qu’une fois. »
La mort indicible de la société occidentale contemporaine.
Sans doute la laïcisation de la société, le mouvement hygiéniste du XVII° siècle mettant de nouveau les cimetières hors les murs des villes, les bouleversements considérables apportés par la révolution industrielle du XIX° siècle puis par les progrès technologiques constants depuis l’après-guerre peuvent-ils partiellement expliquer comment l’on est parvenu à la vision de Michel de Certeau dans L’invention du quotidien : « Il faut que le mourant reste calme et en repos. Au-delà des soins et des calmants nécessaires au malade, cette consigne met en cause l’impossibilité, pour l’entourage, de supporter l’énonciation de l’angoisse, du désespoir ou de la douleur : il ne faut pas que cela se dise. »
Étonnante évolution que celle de la perception de la mort au sein de la société occidentale, qui est passée de croyances en un renouveau où la mort faisait parti intègre de la vie, à un doute tellement immense qu’il annihile tous liens humain et social au moment du passage de vie à trépas, excluant la mort du quotidien de la vie.
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