La Chambre verte

Quand les morts sont plus présents que les vivants, cela donne La Chambre Verte de François Truffaut, un film de 1978 tiré d’une nouvelle de l’écrivain anglais Henry James (L’Autel des morts).

 

Pas de remariage, jamais !

 

Rescapé de la grande Guerre, le journaliste Julien Davenne (François Truffaut) ne vit que pour les morts qu’il a choyés dans sa vie. Sa femme, bien sûr, la belle Julie (1897-1919), décédée quelques mois après leur mariage. Mais aussi ses amis disparus et certaines relations l’ayant marqué de leur vivant. Non seulement, il n’envisage pas un instant de se remarier mais pour lui, tout nouvel amour s’apparenterait à la plus insupportable des trahisons !

Après un générique faisant défiler des images de la guerre de 14 (l’histoire se déroule dix ans après dans une ville de province), le film s’ouvre sur une scène dramatique. Un ami de Davenne pleure devant la dépouille de sa jeune épouse. Au moment où le croque-mort veut fermer le cercueil, le veuf se révolte et tente de mettre fin à ses jours. Le prêtre présent tente alors de le raisonner en lui indiquant que, depuis Jésus, « la mort est vaincue », etc.

 

« Lève-toi et marche ! »

 

Ulcéré, Julien Davenne  met illico l’homme de Dieu à la porte en lui criant que la seule chose qu’on souhaite entendre d’un prêtre devant un mort c’est : « Lève toi et marche ! » Resté seul avec son ami, Julien lui tient des propos radicalement différents : « C’est de vous qu’il dépend que Geneviève revive ! Pensez que maintenant vous ne pouvez plus la perdre. Les morts nous appartiennent et croyez-moi, nos morts peuvent continuer à vivre… »

Les scènes suivantes corroborent ces propos où l’on voit Davenne observant, dans une salle des ventes, une bague qui sera mise aux enchères le lendemain. Elle l’intéresse au plus haut point car elle a appartenu à la famille de sa femme. Ce bijou en sa possession, il le glisse lui-même au doigt de l’aimée, enfin… aux doigts d’une main en plâtre qui trône en bonne place dans la « Chambre verte » exclusivement dédiée au souvenir de Julie…

 

De la nécessité d’oublier

 

Si ce film présente une France qui aimait à faire traîner en longueur les obligations liées aux périodes de deuil, il se regarde encore avec intérêt car il oppose – au moins dans la première partie – deux attitudes concernant le deuil : celle de Davenne (« Je veux avoir le droit de ne pas oublier les morts ! ») et celle de Cécilia, jouée par une débutante qui fera carrière, Nathalie Baye (« Je crois qu’il est nécessaire d’oublier »).

Un deuil transformera la vision de cette dernière, qui se rapprochera de Julien au point d’accepter de l’aider dans son ultime dessein. Mais chut, n’en disons pas plus sur un film qui s’achève d’une manière étonnante et dont l’une des répliques - signée Cécilia - mérite de conclure cet article car c’est la seule qui permette de ne jamais tomber dans le « davennisme » : «  J’aime les morts mais j’aime aussi les vivants ! »


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