Virginie Pons

Double mort

Trois commères s'insurgeaient devant ce que d'autres appelleraient un joli monument classique du siècle passé. Sa pierre colorée par le temps, présente une multitudes de bas-reliefs et symboles forts de l'époque macabre. De longues guirlandes de roses et dentelles de pierre que recouvre un lierre grimpant s'enroulent harmonieusement sur le sommet de sa croix à labarum.

Il n'est pourtant selon les termes de ces dames, que « vieillerie, chiendent et insécurité ».

Il susciterait pourtant au goût de certains plus d'intérêt que le cimetière qui le renferme...un enclos funéraire boueux, cerné par un mur au crépit endommagé que tente de fermer une grille rouillée, impersonnelle et branlante.

A côté de l'entrée, la poubelle communale dégueule : plastiques d'emballages et fleurs fanées. De l'autre côté du mur, dépassent les containers à recyclage en plastique coloré.

Endroit pratique et idéal lorsque la chute des bouteilles dans le container à verres vient accompagner avec tact le recueillement des familles sur le mausolée de leurs défunts.

Parfois moins bien considérés que les déchets qui eux sont recyclables grâce à d'ingénieux bacs permettant leur tri, on peut se demander si les cimetières ne sont pas relégués au rang d'encombrantes «déchetteries à corps» par les autorités locales elles mêmes.

Paradoxal...lorsque l'on sait que l'atteinte de ces lieux cultes sous la forme de pillage, dégradation font déplacer sur les lieux les députés de la région et les ministres eux-mêmes dans les contrées les plus égarées pour constater les faits en présence des caméras de télévision et des radios nationales.

Devons nous nous offusquer du  vandalisme et de la profanation des cimetières ou bien nous scandaliser du budget réservé à l'entretien des lieux sacrés?

 

 

Faut-il déplacer quelques dalles, faire chuter quelques stèles, briser quelques ailes, faucher quelques cranes et tibias... pour que l'on s'aperçoive que ces lieux doivent être respectés, entretenus et agrémentés en toute circonstance ?

Si tel est le cas, afin de faire parler des cimetières et éveiller les consciences sur le fait qu'ils ne sont ni des salles de sport ni des locaux à poubelles, afin de rappeler que les œuvres sculptées, les bas-reliefs de marbres, les fontes agrémentées, les anges et les défunts eux-mêmes ne doivent être les grands oubliés de l'humanité...

J'irai, dans un habile exercice de provocation positive, par un terrorisme tumulaire bien intentionné, cracher (s'il le faut) sur vos tombes !

 


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