La manière de concevoir l’art funéraire a évolué tout au long de l'histoire de l'humanité. Mais elle a profondément changé, au XVIIIe siècle lorsque, sur les instances de la Faculté, les autorités décident de déplacer les cimetières à l’extérieur des villes, de les entourer de murs, d’interdire le creusage de puits à proximité pour des raisons de salubrité publique et lorsque le système des concessions voit le jour.

De lieu de vie placé au centre de la communauté des vivants, le plus souvent autour des églises, quelques siècles auparavant, le cimetière est désormais devenu exclusivement un lieu de prière et de visite aux morts. Et les grands monuments funéraires ne seront plus seulement réservés aux aristocrates.

Avec le développement de la société industrielle, le cimetière prend sa forme actuelle avec l’organisation en divisions, carrés et rangés.

Depuis les grands changements sociaux entamés lors de la Révolution, durant l’Empire et la Révolution Industrielle, de nombreuses familles voient leur statut social évoluer et veulent le faire savoir dans leur mode de vie quotidien mais aussi dans leur manière de traiter leurs morts. Ainsi le XIXe siècle voit apparaître d’immenses caveaux destinés à montrer la richesse de la famille qui les bâtit. L’art funéraire prend une ampleur inconnue jusque-là, se diversifie tout en adoptant des codes et en se standardisant.

 

Alors que les classes laborieuses s’entassent dans des logis exigus et souffrent de la promiscuité, les morts les plus fortunés logent dans des caveaux qui prennent une ampleur nouvelle, deviennent plus grands et plus imposants que les tombeaux des rois, se parent de marbre, de mosaïques, de frontons, de vitraux, de dorures, de pignons gothiques et de colonnes.

On y aménage un autel, des prie-Dieu et des chaises sont installés pour en faire des lieux de recueillement. Les morts ne reposent plus seulement dans une fosse mais dans des cercueils luxueux et plombés, déposés dans des niches aménagées sur plusieurs niveaux, entourées de vases, de fleurs,  d’angelots et de portraits.

On voit aussi apparaître dans les cimetières des statues (anges, saints, pleureuses, Vierges, gisants, couples unis jusque dans la mort, défunt figurés avec leur animal de compagnie, bustes, médaillons, etc…), des colonnes de marbre, des mosaïques, des portraits, du bronze, de la fonte et de l’émail ou de la céramique, etc…

Des codes se mettent en place pour que le message véhiculé par une sépulture puisse être compris des visiteurs, en particulier ceux de la même classe sociale que le défunt et sa famille. Car la fonction de la tombe, outre être un lieu de repos pour un mort, c’est de donner des informations sur la vie du défunt, son action, sa personnalité et la perception que ses contemporains avaient de lui ou l’image qu’il souhaitait laisser de lui aux générations futures.

En plus d’une épitaphe, c’est une sculpture ou une fresque représentant son métier, ses exploits ou ses passions qui peut renseigner le passant sur les activités du défunt. A ce titre, certaines tombes de généraux du Premier Empire sont tout à fait remarquables : surmontées d’une statue équestre du défunt représenté en uniforme d’apparat ou figé comme au plus fort d’un combat,  elles montrent également des fresques guerrières ou des inscriptions retraçant la carrière du défunt. Le meilleur exemple est la tombe du Général Gobert au Père Lachaise.

Un autre symbole très courant une colonne tronquée en biais pour indiquer une mort brutale. On retrouve ce type de sépulture dans la plupart des cimetières du XIXe siècle. 
Les tombes d’enfants elles aussi aisément reconnaissables. Elles sont la plupart du temps couvertes de marbre blanc et surmontées d’angelots.

En même temps, la laïcisation du pays commencée à la fin du XIXe siècle et qui aboutit à la loi de séparation de l’Église et de l’État en 1905 fait passer la gestion des cimetières et des pompes funèbres sous l'autorité des communes. Ce monopole glisse donc ainsi du giron de l'Église à celui des municipalités, qui contracteront dès lors très fréquemment avec des entreprises. Cela signifie concrètement que ces professionels vont standardiser leur offre afin de pouvoir proposer à leur clients un « catalogue ». C’est ainsi qu’on voit apparaître à cette époque des pierres tombales et des statues semblables d’un cimetière à un autre, voire d’une concession à une autre. On retrouve également des caveaux en tous points semblables. L’industrialisation de la société et donc la production d’articles standards se retrouve également dans le funéraire.

 

C’est tout le paradoxe du XIXe siècle en matière d’art funéraire : voir se développer un mobilier de plus en plus grandiose et sophistiqué, voir apparaître des références clairement identifiables par le plus grand nombre tout en permettant une modernisation dans l’organisation des cimetières et une standardisation, voire une industrialisation, de la production des monuments.