Gislaine duboc

Vivre avec nos morts

Je suis née dans une famille où du coté paternel et maternel les morts ont toujours fait partie de nos vies. Je suis nostalgique du temps où mon grand-père se levait de table et nous disait « je vais parler à mon père ». Il s’enfermait dans la salle à manger et il y priait. Il lui exposait ses problèmes et quand il ressortait, il semblait avoir trouvé les solutions.

Mon arrière grand-mère soignait les brûlures et avait des talents de guérisseuse. Mon autre arrière grand-mère nous éduquait en faisant tourner les tables afin que nous apprivoisions l’énergie dans sa simple expression. Les multiples visions, les rêves prémonitoires alimentaient la légende familiale comme autant de protections qui auraient sauvé la vie à bien des membres de ma  lignée.

Dès l’âge de 6 ans cette ouverture de l’esprit est née chez moi. Elle était  facile à vivre dans la maison, elle fut très douloureuse à l’extérieur; j’étais une sorcière. Avec les années, « voir » devint un vrai problème. J’avais des difficultés avec les images qui traversaient ma vie et me mettaient dans  l’impuissance de changer quoique ce soit.

 

Dans une société où tout s’explique, avoir cette  sensibilité peut  emmener parfois à des états limites. Les rencontres avec des populations indiennes des Andes m’ont permis d’accepter ma particularité, elles m’ont appris à  vivre en paix avec elle.

 

Travailler avec la perception du monde sensible.

Dans mon travail, au cours de mes stages ou des marches de vies que j’organise, je laisse parfois s’exprimer cette voix qui réunit les mondes. Quand cela se présente (car ce n’est jamais organisé) il m’est facile d’accompagner les uns et les autres dans un espace où l’on peut laisser les morts vivre leur vie. Je vois me patients repartir apaisés, délivrés parfois, et dans le temps, j’observe que la douleur a évolué, elle est plus facile accepter.

Il est important de laisser les morts continuer leur vie.

Quand vous êtes à la maison séparé de l’être cher parce qu’il est à un rendez-vous amoureux (si c’est un adolescent), à son cours de chant, sa réunion entre copains….vous êtes en paix et heureux ou heureuse  de savoir que tout va bien pour lui. C’est parce que vous êtes puissamment relié que vous pouvez vous séparer. C’est la même dynamique sur un temps plus long.

L’aimer c’est accepter qu’il vive sa vie sans vous, même au delà de la mort.

La route de la paix passe par cette  acceptation. Envoyez l’amour dans le silence de ce monde, soyez puissamment relié pour accepter la séparation. L’amour le rejoindra où qu’il soit, sous quelque forme qui soit et qui sait, peut être que dans un instant fugace, la mort rejoindra la vie.  

 


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Derniers commentaires

même si c'est encore parfois difficile pour moi , c'est tout-à-fait ça , je suis à 100% d'accord