Ecrit le 19/12/2012

Une jeune société vient de se lancer dans l'urne funéraire haut de gamme: Meminis.com. Ses deux fondateurs se sont connus chez Chanel. Comment peut-on changer aussi radicalement de secteur et pourquoi partir dans un secteur aussi niche et fermé?

 

Pourquoi vous êtes-vous intéressés au funéraire alors que vous venez d’un secteur complètement différent ?

Il est vrai que Mathieu Rochas et moi-même ne venons pas du secteur du funéraire. Nous nous sommes rencontrés chez CHANEL ou Mathieu travaillait à la direction artistique et moi à la direction internationale.

Si le fait de s’intéresser au funéraire peut paraître surprenant, c’est que la mort semble être devenue un des derniers sujets tabou, et tout ce qui y touche de près ou de loin suscite spontanément une réaction de rejet. Nous avons pu noter cela quand nous avons parlé de notre projet autour de nous ! C’est dommage : l’objet funéraire a par nature une portée symbolique et esthétique extrêmement riche. C’est un sujet de réflexion passionnant d’un point de vue créatif et sociétal. C’est ce qui nous a intéressé.

 

 

Un tabou autour de la mort ?

Probablement parce que la mort est à la fois moins présente dans nos vies quotidiennes du fait des progrès considérables de la médecine (baisse de la mortalité infantile, allongement de la durée de vie…) et plus anxiogène du fait de la perte du sentiment religieux, qui mettait en perspective la fin de vie.

Dans une société qui magnifie la jeunesse et la beauté, la mort apparaît comme un phénomène presque « contre-nature » contre lequel il faut trouver des « solutions », une anomalie que la science parviendra à vaincre….

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre démarche ?

Il nous a semblé que l’objet funéraire avait trois principaux attributs : une dimension esthétique, une portée symbolique, et un rôle dans le rituel et le travail de mémoire. Ces sont ces trois éléments qui lui confèrent tout son sens et c’est ce que nous avons tenté de donner à l’urne funéraire.

La dimension esthétique et symbolique de l’objet funéraire représente un hommage au disparu et à sa mémoire, et peut-être une forme de transcendance propre à l’art, un lien symbolique avec l’au-delà. Ce n’est pas un hasard si le sacré a été historiquement le thème central de la création artistique, et que des pyramides d’Egypte au Taj Mahal, certains monuments funéraires font partie des plus belles créations de l’homme. Et s’il est difficile de définir une esthétique contemporaine du funéraire, il est clair que ce pouvoir d’évocation, au-delà même de toute symbolique religieuse, doit en faire partie.

Et puis l’objet funéraire symbolise également le lien avec le disparu. Il contribue au rituel, doit être propice au recueillement et au travail de deuil et de mémoire.

Dans l’étude que nous avons menée avec OpinionWay en 2012, il apparaît que sur tous ces critères les résultats sont extrêmement faibles : seules 9% des personnes considèrent l’urne funéraire comme étant symboliquement fort, 7% comme étant esthétique, 14% comme étant propice au recueillement ! Cela pose certaines questions !

 

Pourquoi à votre avis ?

La dimension esthétique reste subjective, mais l’offre est marquée par une grande uniformité, une banalisation de l’objet, et parfois une iconographie assez datée (coucher de soleil, colombe etc…). Au final, force est de constater que ces objets sont majoritairement considérés comme étant inesthétiques. L’urne se résume souvent à un contenant, un pot sans intérêt, sourcé à bas prix en Asie 

Que le religieux et le sacré ne soient plus des thèmes privilégiés de l’art explique probablement un déficit de contribution créative en la matière. Et le fait que l’on se contente de ce qui est proposé, même si cela est insatisfaisant, ne contribue pas à remettre en question l’offre existante.

 

Et pourquoi se contente-t-on des ces objets s’ils sont perçus de manière si pauvre ?

Je pense que cela est propre au contexte du service funéraire. On souhaite régler les choses rapidement, dans un moment forcément douloureux. Et l’on peut donc se contenter de ce qui est proposé sans forcément être convaincu par l’objet. Cela ne veut pas dire que l’on n’aspire pas à autre chose : pourquoi accepter que l’urne soit inesthétique et sans portée symbolique ? Ce n’est pas inhérent à l’objet, bien au contraire. Et ce n’est en rien une fatalité ! 

Et en quoi votre collection répond-elle à ces attentes ?

La crémation est une pratique récente en France (elle a débuté au début des années 70). Elle a engendré une forme de « carence rituelle » puisque contrairement à l’inhumation, elle n’est pas encadrée par des rites établis de longue date. En clair, le risque est d’assister à un simple process « technique ».

Et face à ce besoin avéré de donner un contenu rituel à la crémation, il nous a semblé que l’urne funéraire pouvait y contribuer.

 

Comment ?

Nous avons créé un médaillon bijou en argent, qui permet de symboliquement fermer l’urne et qui est ensuite remis aux familles en un ou plusieurs exemplaires. Outre ce geste symbolique, ce médaillon personnalisable peut ensuite être porté en collier ou conservé dans son écrin.

Si l’on peut concevoir que l’urne revêt une certaine fonction, c’est dans sa faculté à accompagner et enrichir le rituel, à représenter une forme de lien avec le disparu. C’est ce que nous avons essayé de faire avec ce médaillon, cet objet de mémoire.

 

Et l’esthétique ?

D’un point de vue esthétique, nous avons voulu proposer des objets sobres et respectueux des codes du funéraires, avec des matériaux et un design contemporain. Nous avons également souhaité que l’objet suggère visuellement une symbolique tout en évitant une iconographie dépassée. Nous nous sommes appliqués à avoir une qualité de fabrication irréprochable, en travaillant avec des artisans spécialisés pour chacune des éléments de l’urne.

Pour résumer l’ensemble de notre démarche : nous avons voulu proposer des objets qui aient un sens….

 

Comment commercialisez-vous vos urnes ?

Nous offrons la possibilité de les acheter en ligne et souhaitons également présenter notre collection chez les opérateurs de pompes funèbres qui seront intéressés par notre approche.

 

Un dernier mot ?

A bientôt pour de nouvelles collections !