Gislaine duboc

Un combat perdu d’avance, un miracle inattendu !

Quand mon fils a eu 6 ans, il fut atteint d’un cancer rarissime. Il n’avait aucune chance de guérison d’après les médecins.

Ce récit est le témoignage d’un parcours commun à de nombreuses mères. Il peut, peut-être aider, celles qui y sont confrontées aujourd’hui

Quand j’ai appris le nom et la gravité de la maladie ma première pensée  fut : « qu’ai-je fait au Bon Dieu pour avoir mérité cela? »

J’ai cherché des nuits et des jours, les péchés que j’aurais pû commettre. Je devenais folle en pensant que les souffrances de mon fils étaient ma punition. Pourquoi ? Quelle faute ?

J’ai fini par trouver de possibles erreurs, puis j’ai fait des promesses sur mon futur comportement. Cela m’a permis de marchander avec Dieu. Je lui disais : « Si tu le sauves je … » Chaque jour je proposais une nouvelle transaction. Mais je ne voyais aucun changement.

Les larmes de mon petit garçon, sa souffrance, me révoltaient tellement que le silence du Tout puissant est devenu une blessure insupportable.

J’ai choisi de me battre avec Dieu, puisqu’il ne voulait pas transiger avec moi. Ma haine à son égard ne cessait de croitre.

Comment respecter un Dieu qui pour punir les parents, condamne à mort les enfants. Moi, j’étais contre la peine de mort, lui ne connaissait pas le pardon.

J’ai cru que je  sauverais mon fils sans lui, car c’est moi qui l’avais fait, de cela je n’en doutais pas. J’étais « La Mère » il était à moi et personne ne pouvait me l’enlever. Je suis allée voir les gourous, les charlatans et les guérisseurs de toutes sortes. Ce face à face m’a épuisé car la maladie continuait sa route. Tous les jours je mesurais mon impuissance et celle des prétendus guérisseurs.

 

Un jour, j’ai plié les genoux car inexorablement le cancer étendait sa griffe sur mon enfant.

Je ne cherchais plus à connaître la cause de cette maladie, ni le responsable de cette épreuve. Chaque jour devenait plus douloureux à vivre pour mon ange. Mon orgueil, l’assurance que je pourrais sauver mon fils, et j’insiste sur le "mon"  avait complètement disparu. Je vivais un jour après l’autre, une heure après l’autre, une minute après l’autre. Juste être là présente à l’instant. Je ne me souviens plus comment j’ai retrouvé timidement puis avec ferveur la goût de la prière.

Peu à peu j’ai renoué le dialogue avec le « Bon Dieu » de mon enfance. Je l’implorais, le suppliais de me laisser cet enfant que j’aimais tant. Un jour, j’ai cru sentir sa présence. Il était proche, si proche… que ma vie à l’hôpital fut remplie de douceur. J’étais une mère patiente et confiante, ma colère avait disparue, ma tristesse était là, ma souffrance, aussi mais j’étais prise en main. Il y avait parfois de la joie au cœur de l’enfer et j’osais la prendre au vol. Mon rire courrait dans les couloirs et résonnait dans la chambre. J’avais une épaule qui veillait sur nous, j’en étais certaine.

Cette confiance aveugle m’a protégé de la réalité. Je n’ai pas vu la dégradation de l’état de Guillaume, peut être que je ne voulais pas ou ne pouvait pas la voir.

Quand le professeur le Merle m’a dit : «  je ne vous ai jamais promis la vie de votre fils, vous ne semblez pas vous rendre compte de la situation. Votre fils va mourir, on a tout tenté » Je suis sortie sidérée, effarée, je l’aurai giflé et je n’arrive toujours pas à me souvenir si je ne l’ai pas fait. Je crois que je l’ai tapé.

J’ai couru dans la chambre et j’ai vu cet être fragile si maigre, tordu de douleur. J’ai réalisé qu’il était réellement au bord du gouffre.

J’étais tétanisée, mon cerveau ne fonctionnait plus, puis est venu le silence en moi. Cette présence constante que j’avais établit avec Dieu était à nouveau là. Alors j’ai demandé, comme s' il était à mes cotés, sans douter une seconde qu’il allait réaliser mes vœux : «  Prends ma vie et laisse lui la sienne »

Mais rien ne c’est passé comme dans les films. J’ai ressenti du fond de mon être une terreur (et le mot est juste). J’ai vraiment cru qu’il allait inverser nos places et tout mon être à hurler dans le silence de mon âme : non !!!!!!!.Je ne pouvais pas donner ma vie à la place de celle de mon fils, j’avais peur de mourir.

Cette prise de conscience m’a anéantie. Cette réalité m’a horrifié. J’avais lu tant de livre où la mère se sacrifiait facilement. Moi qui disais aimer mon enfant, je ne le pouvais pas. Quel était donc cet amour si frileux ? Je haïssais la mère que j’étais, lâche, indigne de guillaume qui me faisait tant confiance.

J’ai quitté la chambre et je n’ai jamais su comment, la protestante que  je suis s’est retrouvée à l’église de la Madeleine à Paris.

Ce jour la, dans cette église, j’ai su courber l’échine, j’ai su ce que voulais dire tomber à genou. J’ai prié dans un sentiment d’humilité que je n’ai jamais retrouvé à ce jour.

Je me souviens de chaque mot que j’ai prononcé. « Seigneur si tu dois me prendre guillaume, prends le, c‘est « ton »fils. Que ta volonté soit faite. Je te demande juste de me donner le courage de le supporter, car j’ai deux petites filles qui ont besoin de moi. »

A cet instant, j’ai été transportée dans ce que j’ai appelé «  la tâche marron ». J’étais dans un espace où toutes les questions de l’univers côtoient toutes les réponses, dans le même temps. Je pouvais sentir la moindre particule et aussi l’infini, il n’y a pas de mot pour décrire cette expérience.

C’est une pensée qui m’a ramenée à la conscience de ce qui m’arrivait « j’ai cru m’entendre dire à haute voix : « je ne peux pas avoir peur qu’il aille là-bas !» 

C’est alors que je me suis vue misérable, agenouillée comme une pauvresse en désespérance. J’étais tout en haut de l’église et j’avais le spectacle déchirant de ma petitesse. J’ai eu l’impression de tomber dans une chute vertigineuse et de rentrer dans un corps trop étroit. J’ai vomi, pleuré, mais j’étais en paix avec une force qui pouvait soulever des montagnes.

Mon fils allait mourir, je savais où il allait, mais avant il devait rentrer  chez lui dans les Cévennes.

Je suis retournée  à l’hôpital, j’ai signé une décharge pour l’emmener chez nous. Nous sommes rentrés à l’appartement de Paris car il n’y avait plus d’avion et le soir nous avons eu un miracle. Guillaume était entouré de mes sœurs, de la concierge de l’immeuble qui était venu en entendant ses cris. Nous avons assisté à un véritablement accouchement, le même processus avec des contractions et une délivrance par la verge. Il a rejeté des morceaux bizarres, il pouvait à nouveau uriner. J’ai couru emmener les morceaux à Villejuif tout le monde m’a regardé avec compassion, comme si cela n’était rien. Je me demande même s'ils ont analysé les morceaux que j’avais emmenés.

Le lendemain nous sommes rentrés en Cévennes et 15 jours plus tard j’appelai pour dire que Guillaume avait retrouvé toutes ses fonctions urinaires et intestinales.

Nous avons eu un sursis de 20 ans.

J’ai appris mes limites. Une mère ne fait pas un enfant mais elle le reçoit. J’ai reconnu la force de ce qui me dépasse et j’ai rencontré une autre réalité de Dieu, plus prêt du Dieu nature de Spinoza ou de la physique quantique. L’infini se rencontre dans la conscience de sa propre limite. On flirte juste avec ce qui nous dépasse. L’accepter c’est trouvé la paix.

A toutes le mamans qui traversent cette épreuve je leur dis : «  ne vous sentez pas coupables dans votre impuissance. Chaque être à un rêve sur son berceau, on ne connaît pas la fin de l’histoire, parce qu’elle ne dépend pas de nous. »

 « La vallée des larmes » comme l’appelle Patrick van Eersel est l’école de l’humilité, de l’impuissance qui creuse au fond de notre être la voix de L’amour inconditionnel et de l’acceptation. Courage pour toutes celles qui sont sur la route.  

 


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Derniers commentaires

Courageux témoignage qui aidera sans doute plus d'une maman.
Merci pour ce texte aussi Gislaine. C'est seulement ce matin que je lis tes textes avec autant d'attention. Je suis dans la situation du deuil depuis 1 an 1/2. Et j'avance tel le Funambule (que tu as écrit). Voilà c'est ça : l'amour inconditionnel pour les animaux, la nature, et l'humain au travers des personnes que l'on côtoie. L'humilité face à l'impuissance. Continuer la Rando, pas à pas, et comme dans toute rando, parfois le paysage que l'on observe qd on s'arrête ... le paysage est merveilleux. Merci encore pour ton partage. Nathalie, la maman qui a "reçu" Marco
Merci pour ce texte aussi Gislaine. C'est seulement ce matin que je lis tes textes avec autant d'attention. Je suis dans la situation du deuil depuis 1 an 1/2. Et j'avance tel le Funambule (que tu as écrit). Voilà c'est ça : l'amour inconditionnel pour les animaux, la nature, et l'humain au travers des personnes que l'on côtoie. L'humilité face à l'impuissance. Continuer la Rando, pas à pas, et comme dans toute rando, parfois le paysage que l'on observe qd on s'arrête ... le paysage est merveilleux. Merci encore pour ton partage. Nathalie, la maman qui a "reçu" Marco (16 ans) et Quentin (8 ans) déjà parti