Quand Philippe Bouvard narre la mort des stars, des people...

Eddie Barclay, Jacques Martin, Maurice Chevalier... certains people eurent des fins de vie lugubres, comme l'écrit Bouvard dans "Portraits pour la galerie".
En 60 ans de journalisme parisien, l’infatigable Philippe Bouvard a croqué tous les acteurs, industriels, chanteurs, écrivains et autres politiciens ayant plus ou moins brillé dans la société française…

En 2009, chez Albin Michel, il a publié (150) Portraits pour la galerie dont ceux qui suivent laissent un arrière-goût de tristesse car ils s’achèvent par une fin de vie si morbide qu’on ne la souhaiterait pas à son pire ennemi…

Eddie Barclay

 

Ancien grand prêtre des nuits parisiennes qui, pendant 25 ans, firent saliver tous les fêtards n’y étant point conviés, le bel Eddie Barclay (1921-2005) vécut un dernier anniversaire pénible de chez Pénible : « Entouré d’invités s’efforçant à la gaieté, il resta toute la soirée les yeux dans le vague et ne reconnaissant plus personne. »
Bouvard le revit une dernière fois, dans un bistrot, quelques jours plus tard : « Dépourvu de cravate et en pantoufles, il s’avançait comme un fantôme, soutenu par deux jeunes femmes inconnues. »

Jean-Claude Brialy

 

Ancien danseur étoile et figure de la vie parisienne, Jacques Chazot (1928-1993), « malade, se sachant condamné avait vu s’éloigner peu à peu tous ses amis. Seul à être demeuré auprès de lui, jusqu’à la fin, Jean-Claude Brialy l’avait recueilli dans sa bonbonnière-château de Monthyon. »
Mais ce beau geste n’empêcha point ce même Brialy (1933-2007), de voir sa santé se détériorer quelques années après la mort de Chazot : « Les dernières semaines, écrit Bouvard, il se déplaçait difficilement, souriant encore en nous écoutant mais ne parlant plus. » Il mourut peu de temps après une dernière séance aux Grosses Têtes.

Maurice Chevalier

 

Même déchéance physique pour « Momo », Maurice Chevalier (1888-1972), qui fut « frappé d’hémiplégie » et vécut « reclus chez lui de longs mois. Puis, à force de volonté et de rééducation, il osa se montrer de nouveau. » En compagnie de son factotum, Félix Paquet, qui l’emmenait se promener aux Champs-Elysées.
Bouvard le revit « debout mais méconnaissable. Et muet. » Et sa santé ? « " Nous allons mieux ", répondit à sa place Paquet qui usait volontiers du pluriel de majesté. Et il ajouta : " Nous marchons." » Oui, mais à condition que ledit Paquet pousse les pieds de son patron un à un avec les siens…

Jacques Martin

 

La plus grande vedette de la télévision française des années 80 (son émission dominicale attirait des millions de téléspectateurs !), Jacques Martin (1933-2007), a quitté le petit écran après un AVC en 1998. Il est mort l’année du sacre présidentiel de Nicolas Sarkozy, l’homme qui lui avait « volé » son épouse Cécilia…
« Il faisait face de son mieux, écrit Bouvard, annonçant qu’il s’était attelé à l’écriture d’un livre qui ne parut pas, handicapé mais courageux, abandonné par tous et par toutes. » Et Bouvard d’ajouter : « Quand je repense à lui, il m’apparaît comme la figure la plus dramatiquement emblématique d’une sur-médiatisation qui apporte plus souvent la célébrité que la joie de vivre. »

Michel Audiard

 

Mais « heureusement », tous les « départs » si finement décrits par Philippe Bouvard n’offrent point l’image d’une telle déchéance physique et morale…
Il y en a de rapides, d’expéditifs : Jean Yanne (1933-2003, crise cardiaque), Fernand Raynaud (1926-1973, accident de voiture), Marcel Julian (1922-2004, « Il est mort au cours d’un cocktail, un verre de champagne à la main comme s’il trinquait avec la Grande Faucheuse »)….
Il y en a aussi d’inattendus ! Michel Audiard (1920-1985) devait dîner avec Bouvard mais, la veille, il se décommande : « "Désolé de te faire faux bond mais j’entre à l’hôpital. Tu ne me verras donc pas demain." Ni hélas les autres jours… »


Thierry Le Luron

 

Il y en a également de « maîtrisé », celui de Le Luron (1952-1986), par exemple : " Se sachant condamné, il vendit tout ce qu’il possédait, fit la fête pendant deux mois à Saint-Tropez puis loua un appartement au Crillon où il n’accueillit personne mais où il put s’éteindre comme il avait vécu : avec panache, le jour même où l’affiche de sa prochaine revue s’étalait sur les colonnes Morris."
La plus « beau départ » ? Celui de Philippe Clay (1927-2007), que Bouvard suivait depuis soixante ans : « L’année dernière il me téléphona, écrit ce dernier : " Tu es celui que je connais depuis le plus longtemps. Je sais que je vais mourir ce soir. J’ai voulu te dire adieu. " Et il raccrocha. Définitivement. »

Mais que ceux que la mort des autres insupporte sachent que ces savoureux Portraits pour la galerie concernent aussi – et surtout – une large majorité de vivants….

 


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