Virginie Pons

Quand la mort inspire les humoristes et les grands écrivains.

Depuis la nuit des temps, la mort a beaucoup inspiré les hommes d'esprit : normal, ils sont, eux aussi, directement concernés par le sujet...

Qu’est-ce que la mort ? « Un mauvais moment à trépasser », dixit Claude Aveline.

Le problème ? Ce moment est inéluctable : « Dans ce monde, écrit Benjamin Franklin, il n’y a rien de certain, sauf la mort et les impôts ! »

Alphonse Rabbe indique que « la mort est un bon pasteur : elle ne perd jamais rien de son troupeau ! »

Et Paul Claudel d’affirmer : « C’est le seul examen auquel on ne soit pas recalé »

 

Pierre Desproges

Cette inéluctabilité a un corollaire que le journaliste Henri Rochefort résume avec humour : « Si haut qu’on monte, on finit toujours par des cendres. » Eh oui, la mort concerne tout un chacun ! En bon entomologiste qui se respecte, Jean-Henri Fabre signale avec justesse que « la seule égalité dans le monde, c’est l’égalité devant l’asticot » !

Un proverbe espagnol signale que « le cadavre du pape ne prend pas plus de place que celui du sacristain » Et Horace de préciser que « la mort frappe d’un pied indifférent à la chaumière des pauvres et au palais des rois ».

A ce sujet, Montesquieu pense que « lorsque la mort a égalisé les fortunes, une pompe funèbre ne devrait pas les différencier. » Toutefois cette dernière le fait quand même car, comme disait Pierre Desproges : " Tout dans la vie est une affaire de choix : ça commence par la tétine ou le téton et ça se termine par le chêne ou le sapin !"

 

Woody Allen

Bien que beaucoup donnent raison à Cocteau - « s’effrayer de mourir est aussi étrange que si l’on s’effrayait d’être limité dans l’espace » -, rares sont ceux qui attendent le grand départ sans angoisse…

« Ce n’est pas que j’ai vraiment peur de mourir, écrit Woody Allen, mais je préfère ne pas être là quand ça arrivera... » Même son de cloche chez le regretté Francis Blanche : « Je préfère le vin d’ici à l’au-delà ! »

Montaigne apporte une précision : « Ce n’est pas la mort que je crains, c’est le mourir. » Avec tout ce qu’il implique : souffrance, séparation avec les êtres chers…

 

Lord Byron

Mourir jeune tétanise certains, Bussy-Rabutin par exemple : « Pour parler franchement j’aime mieux avoir été moins heureux que d’être mort jeune. »

Ce n’est pas l’avis de Lord Byron (qui décédera à 36 ans) : « Ils meurent jeunes ceux qui sont aimés des dieux », a dit un ancien ; et par là ils échappent à bien des morts : la mort des amis et, ce qui tue plus encore, la mort de l’amitié, de l’amour, de la jeunesse, de tout ce qui est. Une mort précoce et pleurée est peut-être un bienfait. »

 

Stendhal

Face à la mort, plusieurs réactions sont possibles. Ne pas y penser, comme Stendhal : « Puisque la mort est inévitable, oublions-là ! » En rire, comme Guy Bedos, « surtout quand c’est celle des autres ! »

Certains pensent qu’il ne faut surtout pas en faire un plat ! C’est le cas de Pierre Dac : «La mort n’est en définitive que le résultat d’un défaut d’éducation puisqu’elle est la conséquence d’un manque de savoir-vivre.»

Pour Gilles de Rais, « la mort, ce n’est qu’un peu de peine »

 

Schopenhauer

Quant à Arthur Schopenhauer, il ouvre un vaste débat : « Le néant après la mort, n’est-ce pas l’état auquel nous étions habitués avant la vie ? »

Maurice Maeterlinck, lui, se veut rassurant : « Accoutumons-nous à considérer la mort comme une forme de vie que nous ne comprenons pas encore. Apprenons à la voir du même œil que la naissance. Il est tout à fait raisonnable et légitime de se persuader que la tombe n’est pas plus redoutable que le berceau. »

 

Chateaubriand

René de Chateaubriand, la plus fine plume du Romantisme français, va plus loin : « La mort est belle, écrit-il, elle est notre amie, néanmoins nous ne la reconnaissons pas parce ce qu’elle se présente à nous masquée et que son masque nous épouvante. »

La mort plaît aussi au dessinateur Wolinski : C’est « le seul voyage qui m’intéresse, parce qu’on ne rapporte pas de diapo ! »

Pierre Doris, lui, pense que « les morts ont de la chance : ils ne voient leur famille qu’une fois par an, à la Toussaint » ! Des propos confirmés – de son vivant ! - par Jean Dolent : « Quand on est mort, c’est tous les jours dimanche ! »

 

Jules Renard

Personne n’étant revenu de l’au-delà, il est seulement permis d’espérer que pareils propos se vérifient le jour où, selon le mot de Malraux, « la mort aura transformé [notre] vie en destin »…

En attendant, sourions avec Jules Renard : « La mort, ce serait le rêve si, de temps en temps, on pouvait ouvrir un œil. » Et rions (jaune) avec Desproges : "S'il n'y avait pas la Science, malheureux cloportes suintants d'ingratitude aveugle et d'ignorance crasse, s'il n'y avait pas la Science, combien d'entre nous pourrait profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ?".


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