Virginie Pons

Peur de la mort ?

S'il est une peur universelle, c'est bien celle de la mort. Sans doute parce qu'il est également universel d'avoir peur de ce que l'on ne connait pas.

Ce sentiment de crainte transparait dans les contes, les mythes, dans le folklore aussi où la mort est personnifiée. Cette personnification peut être comprise comme une tentative d'apprivoiser ou de transcender cette grande inconnue.

 

De quoi avons-nous réellement peur ?

Parler de la peur de la mort n'est au fond pas totalement correct : il faudrait bien plutôt évoquer les peurs de la mort. En effet, si le sentiment est le même, il ne recouvre pas les mêmes raisons ni les mêmes expressions et évolue au cours de la vie.

L'évolution de ces perceptions rappelle la pensée de Vladimir Jankelévitch sur les "trois personnes de la mort". Dans son texte, le philosophe explique que l'on commence par aborder la mort avec le "ils" : ce sont les autres qui meurent ; la mort est une notion lointaine. Puis on passe au "tu" lorsqu'un proche décède. La rencontre avec la mort devient alors plus personnelle, on se sent plus directement concerné. Enfin, la mort sera le "je" lorsqu'il s'agit de sa propre fin de vie.

Cette analyse philosophique a la justesse de prendre en considération que nous ne sommes pas toujours affectés de la même manière par la mort et que notre perception et donc nos craintes à son égard évoluent au fil de la vie.

Ainsi, un enfant percevra plutôt la crainte d'être séparé de ceux qui l'aiment et le protègent plutôt qu'il n'envisagera sa propre mort. Bien souvent lorsque de jeunes enfants expriment leur peur de la mort, leur discours révèle qu'ils ont peur que leurs parents meurent. C'est en grandissant, souvent un peu avant l'adolescence, que surgissent des angoisses plus personnelles. De même, une mère d'enfant en bas âge ressentira sans doute surtout la crainte de sa mort par rapport à l'impossibilité de mener à terme son rôle éducatif, s'inquiétant pour leur avenir sans elle ou sera dans l'angoisse de l'éventuel décès d'un enfant, plus que dans la peur de sa mort pour elle-même.

En revanche, en avançant en âge, l'appréhension face à la mort se fait plus personnelle : on commence à avoir peur de son propre devenir, en s'interrogeant sur des croyances de survivance ou non de l'âme ou de l'esprit et sur les transformations subies par le corps. De ce point de vue, la religion semble être partout dans le monde un secours souvent efficace pour alléger les angoisses des humains qui y puisent du réconfort.
On peut s'interroger sur le fait que si la mort est de plus en plus tabou ou occultée de notre société, c'est peut-être également ce qui nourrit cette appréhension.

La mort et l'enfant, La mort perçue par les enfants, La peur d'être enterré vivant, Le cri à travers la naissance et la mort, Réflexion sur les douleurs fantômes.

 

Comment surmonter la peur de la mort ?

Si la question est universelle, en revanche, malheureusement, la réponse n'est pas unique et ne peut être que le fruit d'un lent cheminement personnel.
Jusque dans les années 1950, la mort était plus intégrée dans la société occidentale et permettait ainsi aux jeunes de faire leur apprentissage : le deuil était vécu à la maison, on voyait un mort, on en parlait encore.

Actuellement, on meurt plus souvent à l'hôpital qu'à son domicile, l'enterrement a lieu souvent très rapidement et l'augmentation des incinérations rend moins prégnantes toutes les interrogations sur la transformation du corps. De même, l'art de conter devient rare. Pourtant, dans tout le folklore, depuis les Celtes qui donnèrent "vie" à l'Ankou, la question de la mort permet d'exorciser ses peurs.

D'ailleurs il est assez étonnant de constater que l'Ankou des Celtes (qui plus tard sera repris dans la littérature avec l'image de la grande faucheuse) était au départ conçu pour exorciser la crainte de l'oubli et non de la mort en soi : les Celtes ne craignaient pas la mort pour eux-mêmes puisqu'elle était pour eux le commencement d'une vie meilleure, mais appréhendaient plutôt le fait d'être oublié des vivants.

Actuellement, on constate un engouement assez important pour les philosophies orientales et bouddhistes. Peut-être une des raisons est-elle que ces pensées peuvent apporter réconfort dans la mesure où plutôt que de tenter de résoudre les questions du devenir, elles poussent avant tout à vivre en pleine conscience de l'instant présent, à savoir de facto profiter de sa vie.

En guise de conclusion, on pourra retenir que ce sentiment universel et bien compréhensible ne peut trouver de solution que dans une maturation personnelle, qui peut s'aider de croyances ancestrales, religieuses ou de conceptions philosophiques. Il n'y a pas de vérité absolue en la matière, mais une multitude de réponses valables qui tendent toutes à aider l'être humain à profiter de sa vie sans être limité par l'angoisse de sa fin inéluctable.
 


Ajouter un commentaire

Identifiez-vous ou devenez membre
pour poster un commentaire.

Derniers commentaires

Je pense que la peur de la mort vient principalement du fait qu'on ne sait pas ce qui se passe après celle-ci.
Si on nous assure qu'on retrouvera ce qu'on aime et qu'on nous explique ce qui se passe après, la peur ne sera plus.