Virginie Pons

Les parents en deuil ont besoin des autres

La mort d'un enfant fait mal, dérange. Le silence de l'entourage, cette non-présence accentue la douleur. C'est cette atroce violence du vide qu'il faut affronter chaque jour seul et démuni.

 

Appel à notre famille, nos amis

 

· Nous aimerions que vous n'ayez pas de réserve à prononcer le nom de notre enfant mort, à nous parler de lui. Son coeur a battu, il a vécu, il est important encore pour nous ; nous avons besoin d'entendre son nom et de parler de lui ; alors, ne détournez pas la conversation. Cela nous serait doux, cela nous ferait sentir sa mystérieuse présence.

· Si nous sommes émus, que les larmes nous inondent le visage quand vous évoquez son souvenir, soyez sûr que ce n'est pas parce que vous nous avez blessé. C'est sa mort qui nous fait pleurer, il nous manque ! Merci à vous de nous avoir permis de pleurer, car, chaque fois, notre cœur guérit un peu plus

· Nous aimerions que vous n'essayiez pas d'oublier notre enfant, d'en effacer le souvenir. Pour nous ce serait le faire mourir une seconde fois.

· Être parent en deuil n'est pas contagieux ; ne vous éloignez pas de nous.

· Nous aimerions que vous sachiez que la perte d'un enfant est différente de toutes les autres pertes ; c'est la pire des tragédies. Ne la comparez pas à la perte d'un parent, d'un conjoint ou d'un animal.Nous pourrions bien en désirer un autre mais en aucun cas il ne sera un remplaçant de celui que nous avons perdu.

· Ne comptez pas que dans un an nous serons guéris ; nous ne serons jamais, ni ex-mère, ni ex-père de notre enfant décédé, ni guéri. Nous apprendrons à survivre à sa mort et à revivre malgré ou avec son absence.

· Nous aurons des hauts et des bas. Ne croyez pas trop vite que notre deuil est fini ou au contraire que nous avons besoin de soins psychiatrique.

· Ne nous proposez ni médicaments ni alcool ; ce ne sont que des béquilles temporaires. Le seul moyen de traverser un deuil, c'est de le vivre. Il faut accepter de souffrir avant de guérir.

· Nous espérons que vous admettrez nos réactions physiques dans le deuil. Peut-être allons-nous prendre ou perdre un peu de poids, dormir comme une marmotte ou devenir insomniaques. Le deuil rend vulnérable, sujet aux maladies et aux accidents.

 

· Sachez, aussi, que tout ce que nous faisons et que vous trouvez un peu fou est tout à fait normal pendant un deuil ; la dépression, la colère, la culpabilité, la frustration, le désespoir et la remise en question des croyances et des valeurs fondamentales sont des étapes du deuil d'un enfant. Essayez de nous accepter dans l'état où nous sommes momentanément sans vous froisser.

· Nous aimerions que vous compreniez que le deuil transforme une personne. Nous ne serons plus celle ou celui que nous étions avant la mort de notre enfant et nous ne le serons plus jamais. Si vous attendez que nous revenions comme avant vous serez toujours frustré. Nous devenons des personnes nouvelles avec de nouvelles valeurs, de nouveaux rêves, de nouvelles aspirations et de nouvelles croyances. Nous vous en prions, efforcez-vous de refaire connaissance avec nous ; peut-être nous apprécierez-vous de nouveau ?

· Le jour anniversaire de la naissance de notre enfant et/ou celui de son décès sont très difficiles à vivre pour nous,. Nous aimerions qu'en ces occasions vous puissiez nous dire que vous pensez aussi à notre enfant. Quand nous sommes tranquilles et réservés, sachez que souvent nous pensons à lui ; alors, ne vous efforcez pas de nous divertir.

merci à vous d'avoir lu ceci

Merçi aux Amis Compatissants du Québec


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Derniers commentaires

Merci pour ces mots qui traduisent ce que je ressens en tant que maman qui a perdu son Quentin, 7 ans, le 19 mars 2011. C'est encore l'effroi pour moi, je n'imprime pas la réalité. Je deviens quelqu'un d'autre, je suis dans la survie. Et je ne suis pas toujours comprise lorsque je fatigue ou que je souffre ... Mon amour lui est adressé, et à son grand frère, Marco. A mes deux enfants. Nathalie
c'est tout à fait exact , nous avons besoin de parler de nos enfants disparus afin de ne jamais les oublier , car pour nous parents désenfantés c'est sûr que l'on ne les ouliera jamais mais on aimerait qu'il en soit de même pour les proches , famille , amis etc...
Je profite de cet article pour dire à quel point je suis en colère de voir le comportement de certaines personnes. Lorsqu'on entend des gens qui nous demandent à nous les frères et soeurs "endeuillés" comment vont les parents sans aucune gêne comme s'ils pouvaient avoir des infos en direct mais sans demander aux parents... Il nous lancent ça au visage comme si nous n’étions pas concernés!!! c'est pitoyable... la race humaine et sont besoin de voir la peine des autres pour se rassurer... Le pire dans tout ça... c'est de savoir quoi répondre... Je ne demande pas de l'attention, loin de là, mais je ne comprends pas pourquoi les gens pensent que c'est moins dur pour les enfants qui restent. On a tant de projets, de rêves, de complicité et tant de choses dont on ne parle pas mais qui nous semble logique dès tout petits, dès que la fratrie se construit et puis du jour au lendemain plus rien... Jamais on ne fera notre tatouage ensemble, jamais il ne portera son neveu, jamais il n'aura droit à son mariage "motard"... ce n'est pas parce que l'on a notre vie devant nous, ce n'est pas parce que c'est plus logique, ce n'est pas parce que l'on est jeune... que c'est plus facile ou moins douloureux, j'ai parfois le sentiment qu'on a juste le droit de ne rien dire... parce que nous on est pas les parents... aux yeux des "autres"...
Je suis moi aussi dans la détresse, dans la douleur, pire encore d'avoir prerdu mon fils de 15 ans ,mort naturel, je ne sais pas définir ce que je ressens, mais ce que je sais c'est que je ne veux pas qu'on l'oubli, il reste dans notre coeur, à son papa et à son frère, mais les gens oublient et cela fait mal. j-Je ne leur en veux pas, c'est juste ainsi, ...
Ce que je ressents après 3 annéées que mon fils est parti, et bien je ne sais pas le dire ni l'écrire, c trop dur.Tout ce ue je sais c que je ne peux et je ne veux pas y croire, c là je pense mon problème. Mis je ne veux pas que les gens l'oubli...
Bonjour Tali,
Quand vous dites " je ne peux et je ne veux pas y croire" , ce qui me vient en tête c'est que c'est naturel et que beaucoup d'autres personnes ressentent ou ont ressenti ça. Je ne suis pas sure qu'on puisse l'accepter ou vouloir l'accepter et en tout cas, le dire ainsi. Je crois juste qu'on en fait ce que l'on peut pour s'en "accommoder" (ce mot est laid, je sais). On apprend à vivre avec et c'est tout, il n'y a pas grand chose à en dire. Je pense que pour certains, on imagine nos proches en voyage, au ciel... C'est juste pour mieux s'en accommoder... pour que ca soit vivable et rester au près de ceux qui sont ici bas.
Quand aux autres qui ne parlent plus de votre fils laissez les... Il ne faut pas chercher de raisons à tout cela (ça peut être par peur de vous faire pleurer, par peur d’être mal a droit, par peur d’être soit même envahit par les sentiments...) le plus important c'est qu'il vive encore en vous!
Affectueusement,
Coralie