Où allez-vous mourir ? Coup de gueule ! il faut agir.

 

Que s’est-il passé pour que la douleur et l’effondrement soient une honte ? Pour que la mort devienne un échec ? Une erreur médicale ? Une malédiction ?

Les scientifiques nous disent que l’on gagne 1 mois de vie tous les trimestres, la mort perd du terrain tous les ans. La durée de vie  pour les hommes est de 78 ans et pour les femmes de 84 ans. Dés lors, cette échéance est perçue comme un droit, mourir  étant une injustice.

Nous sommes focalisés sur la durée de vie et on y met beaucoup d’argent. Par contre, il y a peu de  moyens  pour adoucir et accompagner  la dernière étape.

 

Celle-ci sera longue mais sera-t-elle bonne ?

Quel choix aurons-nous ?

 

Un petit enfant est souvent menacé d’aller en pension s’il n’est pas gentil. Parfois, ma grand- mère en riant, me disait : « Tu ne me mettras pas en maison de retraite ? » C’était son angoisse. Puis elle ajoutait : « chez nous, tout le monde meurt à la maison. » C’était sa fierté.

Accueillir sa mère ou son père chez soi était parfois difficile, contraignant mais c’était aussi une manière de rendre ce qu’on avait reçu. Pour la génération de sa mère et de son père, mettre ses parents à l’hospice signifiait qu’ils n’avaient pas été de bons parents. C’était déshonorant. Les pauvres, eux, avaient le droit d’y mourir, c’était considéré comme  le signe d’un pays civilisé et riche, on ne mourait plus dans la rue.

 

Essayez  d’imaginer ou vous allez mourir ?

Pourrez-vous rester chez vous ? Vos enfants ont- ils de la place chez eux ? Avez-vous les moyens d’une maison de retraite ? Et, le plus important, vous sentez-vous à l’aise en communauté ?

Pour la première fois de notre histoire, le monde urbain s’étend sur plus de  la moitié de la planète. Une des  conséquences pour les familles, c’est la diminution de l’espace vital. Il ne sera plus question de choisir, si on veut garder ses parents chez soi. Une telle urbanisation est aussi un signe de pauvreté et le coût des maisons de retraite ne cesse de grimper.

Aussi terribles qu'elles puissent paraître, ce ne sont pas les contraintes matérielles qui sont les plus angoissantes. Comme le dit Boris Cyrulnick : «  On n’a jamais eu autant de moyens de communication, on a seulement perdu la relation. »

En effet, le combat de chacun est de défendre son indépendance, de revendiquer le droit d’en profiter et tout cela dans l’isolement des écrans de communication. On peut imaginer que vivre la dernière partie de son existence en communauté  sera difficile. Nous serons des handicapés sociaux, car  la peur de l’autre n’aura jamais été aussi grande. L’apprentissage du lien social ne se fait pas à 80 ans ! 

L’isolement de la fin de vie est favorisé par le déni de sa réalité et l’impossibilité d’en imaginer la fin.

Il s’exprime par une perte des mots définissant ce qui est devenu un tabou et par l’introduction d’une  nouvelle terminologie. Elle  permet de mettre un voile émotionnel quand le regard rencontre l’interdit.

Nous avons perdu le mot « agonie »  qui définissait  la fin de vie. On dit «  pronostic vital engagé »,  ressentez la différence d’émotion.

« La misère » n’existe plus, elle est aussi voilée. Les gens qui ont perdu leur travail ne sont pas jetés dans la rue. Ils sont des « sans domicile fixe ». Cela permet de passer devant eux sans aucune angoisse. .

Demain, s’éteindre  sous un toit sera difficile, car le prix  des maisons de retraite est prohibitif, les hôpitaux ferment pour cause de rentabilité, le coût du travail à domicile  semble trop élevé pour notre société.

Mourir dans la rue risque d’être de plus en plus fréquent. Mais nous serons conditionnés; comme pour les SDF qui sont un peu plus nombreux chaque année, nous ne les verrons pas émotionnellement.  Les" mères Theresa" de notre époque, vont avoir du travail pour « nettoyer les trottoirs. »

Comment en sommes-nous arrivés à réaliser le Monde du jeune Siddhârta  devenu Bouddha ?  Nous gardons  la  mort, la vieillesse, la pauvreté et la souffrance à l’extérieur de la cité. Nous vivons à l’abri de nos frontières dans un monde d’illusions, le monde  du  trop fort, du to much,  génial, MDR (mort de rire) , du c’est cool, où il n’y a de place que pour l’abondance, la surenchère et les naissances perpétuelles.

Nous avons crée « Le monde virtuel »  et l’homme a perdu sa place.

L’extraordinaire technologie a mis au centre de notre société   le monde du jeu.  Dans ce contexte,  la mort est mise à distance. Il est temps de se réveiller. La France est un des pays ou « le pays » qui enregistre le plus de suicides de personnes âgées. Il faut réagir : une société sans personnes âgées est une société sans sagesse.

 

 


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