La mer, la mort...
Interview de Joël, plongeur cinéraire.
Joël a créé une société de dispersion et d’immersion des cendres en mer sur la Côte d’Azur. Il nous parle de son activité.
- A quoi ressemble la journée d’un plongeur cinéraire?
C’est une belle journée de printemps, la mer est calme. J’ai donné rendez-vous à la famille au port de Cannes, on embarque pour 30 à 45 minutes de traversée. Arrivés au lieu de destination choisi, j’ancre le bateau à l’abri du vent, je mets le fond musical choisi par la famille et là je disperse les cendres ou je plonge avec l’urne. Il arrive qu’un prêtre, un pasteur ou un autre représentant religieux soit là. La famille se recueille, et lance parfois des pétales de rose, des fleurs, des coquillages. C’est un moment de calme et d’émotion, je reste discret. Quand la famille est prête nous repartons.
- Qui souhaite le Grand Bleu pour l’éternité?
De grands noms l’ont souhaité, Jean Gabin, Alfred Hichcock, John Ford Kennedy, Steeve Mac Queen, Robert Mitchum et plus récemment Bernard Giraudeau. Ce sont toujours des amoureux de la mer. Certains vivent avec la mer, de la mer. D’autres vivent en ville, à Lille, à Paris… et ont des souvenirs de vacances ou d’années de retraite sur la Côte d’Azur. Ils ne se voient pas ailleurs que là, dans le paysage qu’ils ont aimé.
- Et vous ? Avez-vous repéré votre ultime grotte ?
Pour moi ce sera la Fourmigue. C’est une balise au large de la Baie de Cannes. Un endroit magnifique, avec un tombant de 50 mètres, une eau très claire, des grottes, des gorgones rouges accrochées à la roche et plein de poissons… le paradis quoi !
- Quels sont les « spots » les plus demandés ?
Je vais partout dans la baie de Cannes, au Cap d’Antibes, dans la rade de Villefranche, au Cap Ferrat… mais le plus demandé ce sont les deux Iles de Lerrins. Il y a un monastère sur l’une d’elle et c’est peut-être la raison.
- Dans quel état d’esprit sont les familles au moment de la dispersion ?
Très calmes. Souvent la dispersion est demandée plusieurs semaines, plusieurs mois après le décès. Il y a de l’émotion, mais sans la violence du chagrin des premiers jours. On sent que les familles sont sereines. Elles sont là, dans l’intimité, pour respecter la dernière volonté de leur proche.
Je leur remets un certificat qui mentionne le lieu de la dispersion et même dans le cas des immersions, je précise la position GPS, un peu comme une dernière adresse. Les familles savent qu’elles peuvent venir se recueillir à un endroit précis. C’est rassurant.
- Qu’elle est la demande la plus insolite qui vous ait été faite ?
Une dame qui a demandé à être dispersée avec son chien. Ses enfants ont respecté sa volonté.
Merci Joël Des Cendres en Mer pour le récit de ces odyssées d’un genre particulier… dans ma prochaine vie, je serai sirène.











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