Métier : fossoyeur
Francis Crabos, 56 ans, est fossoyeur depuis 15 ans. Il raconte un quotidien aux faces cachées, un métier qu'il exerce avec une sensibilité inattendue.
Francis vit en Chalosse, cette partie des Landes vallonnée et agricole loin des étendues de plage et de pins des cartes postales. A Saint-Aubin, 495 habitants, tout le monde connaît Francis. Il y est né, y a toujours habité et on le connaît autant par son métier que par sa passion, le basket-ball.
Il se destinait à l’agriculture, comme ses parents avant lui et comme beaucoup ici, mais les opportunités de la vie l’ont finalement conduit vers ce métier aux confins de la mort : fossoyeur.
La famille est importante chez les Crabos et quand Gérard son frère, demande à Francis de lui donner un coup de main dans son entreprise de marbrerie funéraire, il répond à l’appel. Quatre ans plus tard, l’entreprise s’est développée et les deux frères décident de scinder l’activité : Gérard s’occupera de la marbrerie, Francis du fossoyage. Pour parfaire la formation acquise sur le terrain – la meilleure dit-il – il suit les 16h réglementaire de formation théorique, puis 96 h pour pouvoir créer sa propre entreprise de pompes funèbres, ce qu’il n’a pas encore réalisé. C’est vrai que les deux frères se complètent bien et que le carnet de commande est bien rempli : 400 fossoyages par an. Pas trop de temps pour autre chose… Enfin si, pour le club de basket dans lequel Francis s’implique toujours. C’est dans la salle, au rythme des rebonds, qu’il arrive le mieux à oublier des journées de travail parfois pénibles.
La fatigue du fossoyeur c’est d’abord une fatigue physique, ça tout le monde l’imagine. Creuser une tombe c’est 1 heure et demie à la pèle mécanique et une demi-journée, à deux, à la main. Pour reboucher une tombe, il faut compter 1 heure et demie, en nettoyant bien autour, en remettant les cailloux, les fleurs. Francis aime le travail bien fait. Quand le sol est argileux et mouillé, comme sur les côteaux de Chalosse, le travail est plus dur et quand il est sablonneux, vers la côte, il faut veiller à ce que les parois ne s’effondrent pas, pour celà on les étaye. Plusieurs inhumations dans la journée ce n’est pas rare.
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Mais être fossoyeur, c’est bien autre chose que creuser et reboucher. Il y a les tâches plus ingrates : les réductions de corps quand un caveau manque de place, les exhumations où l’on a parfois des surprises, quand le corps n’est pas totalement décomposé. Et puis, ce à quoi Francis accorde peut-être le plus d’importance: le moment de l’inhumation, où son rôle peu remarqué est pourtant essentiel.
«Je mets un point d’honneur à ce que tout se passe sans incident, car dans ces moments-là, douloureux pour les familles, la moindre maladresse peut être mal vécue. Par exemple, quand les hommes de la famille souhaitent aider à descendre le cercueil dans la tombe, il faut les guider pour que le cercueil ne bascule pas, ni même ne penche. Un cercueil d’adulte c’est 150 kg en moyenne. Quand il s’agit d’un cercueil de petit enfant, c’est moi qui descends et le dépose dans la tombe. C’est un moment d’intense émotion pour les proches, je n’ai pas droit à un faux pas. »
Francis a le souci des familles. Accueillir le cortège à l’entrée du cimetière, placer les uns et les autres dans l’ordre (lui en tête, suivi des porteurs de fleurs, puis du cercueil et enfin de la famille), rapidement organiser les fleurs autour de la tombe – parfois plus de 50 gerbes et bouquets- placer celui qui porte la croix, le tout avec des gestes simples et peu de mots. Quand c’est un jeune du pays ou un enfant que l’on inhume, la foule est nombreuse et la pression particulièrement grande. Et puis, ces morts qu’il enterre, souvent Francis les connaît. « Je ne dois pas montrer mon émotion, mais elle est là, souvent. »
De son métier, Francis parle peu, même en famille. Les mots sont importants, il faut bien les choisir. « C’est un métier que même après 15 ans de pratique, on ne peut pas banaliser. »
Merci à Francis Crabos de nous avoir parlé de son quotidien de fossoyeur et ouvert les yeux sur un métier qui a du cœur.









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