L'institut médico-légal de Paris
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Montée des marches pour le ciel
Quand le promeneur passe aux abords de ce bâtiment quelque peu isolé, il ne se doute pas une seconde de la nature des activités qui sont en train de s'y dérouler.
L'Institut médico-légal accueille d'une part les personnes décédées sur la voie publique (que ce soit ou non dans le cadre d'un accident ) et d'autre part les corps des décès d'origine criminelle ou tout autre cas de mort suspecte. Ces corps vont alors parler d'eux mêmes et raconter leur histoire au médecin légiste qui aura la délicate mission de les examiner au travers des autopsies.
L'histoire de la morgue parisienne
Le terme de "morgue" provient du verbe "morguer" signifiant dévisager, regarder de haut. Il désignait les geôliers de la prison du Châtelet, chargés d'identifier les prisonniers dès leur arrivée, afin d'être certain de les reconnaître en cas de tentative d'évasion.
Il faut remonter à 1714 pour retrouver les origines de la morgue parisienne. En ce temps là, les corps ramassés dans la rue sont entassés dans les sous-sols de la prison du Grand Châtelet, la "basse-geôle". On vient, une lanterne à la main, tenter d'identifier un mari, un fils, une femme. Au XIXe siècle, la morgue prend des allures beaucoup plus organisées, voire "spectaculaires". En effet, après avoir siégé près du pont du Châtelet, la morgue s'installe sur l'île de la Cité, et les corps, préparés, sont exposés en vitrine, habillés de leurs propres vêtements. La population locale défile ainsi, la journée durant, afin de les observer à loisir et, par la même occasion, tenter une identification. C'est l'attraction du Tout-Paris, au point de figurer dans des guides de voyagistes étrangers! Cette technique est aussi favorable aux autorités qui ont bien souvent l'occasion d'arrêter les criminels revenus discrètement observer leurs "trophées".
L'Institut Médico-Légal
Plus communément appelée "la morgue", nous sommes ici très loin des clichés véhiculés par les séries télévisées américaines
C'est au début du XXe siècle que la morgue de Paris, devenue Institut médico-légal, s'établit au 2, place Mazas, dans le 12e arrondissement, le long du quai de la Rapée. Adresse tristement célèbre pour les initiés. Tel un immense vaisseau esseulé, les murs de la bâtisse ressemblent à des remparts, séparés de tout, comme si la discrétion et la volonté d'apaisement des esprits étaient déjà présentes aux abords du bâtiment. Les trottoirs environnants sont déserts. On passe très vite cette adresse, on ne s'y arrête point, on ne traîne pas dans le quartier. Comme pour conjurer le sort, et prier pour ne pas être le prochain invité.
Depuis plus de 20 ans, l'IML est dirigé par le professeur Dominique Lecomte. Une femme au destin hors du commun. Elle compte à son actif plus de 15 000 autopsies, experte auprès des tribunaux, elle s'est même vue confier des missions au Rwanda ainsi qu'au Kosovo. Lorsqu'on lui propose de reprendre les rênes de l'IML en 1988, elle instaure immédiatement la politique du respect, et de la dignité des corps. Chaque "patient silencieux", quels que soient son origine, sa provenance, et les circonstances de son décès, doit être traité dans le plus grand respect. Elle accueille les familles, les informe, les rassure.
En 2003, elle raconte son parcours dans "Quai des Ombres, vingt ans au service des morts", un ouvrage saisissant où, sans voyeurisme aucun, Dominique Lecomte nous explique son quotidien.
L'IML de Paris en quelques chiffres :
- 2000 m2
- 3200 corps autopsiés chaque année
- Une moyenne de neuf par jour
- Une capacité d'accueil étendue avec une "salle des catastrophes" (cf. certaines catastrophes aériennes ou la tristement célèbre canicule de 2003)
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Au Quotidien
Anatomie, dissection, autopsie ...
L'investigation des corps morts remonte à l'Antiquité. On reconnaît la soif de connaissance et de savoir dans les écrits et travaux de Galien, médecin grec né vers l'an 130 qui se sert de cadavres d'animaux pour mener à bien ses dissections. Ne pouvant s’entraîner sur des corps humains, Galien établit donc l’essentiel de son œuvre sur l’étude de l’anatomie animale.
Début du VIIe siècle, l’Eglise est seule maître de la science et le Pape Innocent III règlemente l’enseignement de l’anatomie qui doit se baser uniquement sur des livres et notamment l’interprétation des ouvrages anciens.
Au XIVe siècle, le Pape Boniface VIII menace d’excommunication toutes personnes tentées de porter atteinte au corps d’une personne défunte. Ceci ne faisant pas grand effet au sein de la population de petits et grands curieux qui organisent des violations de sépultures afin de se procurer de quoi assouvir leur soif de découverte en matière d’anatomie.
André Vésale, jeune médecin du XVIe siècle publiera De humani corporis fabrica: la fabrique du corps humain, qui sera le document de référence en matière d'anatomie et d’histoire de la médecine. Vésale s’oppose à Galien en basant ses théories sur des dissections de corps d’humains. C’est donc tout un système qui s’ébranle pour être quasiment repris de zéro.
La différence effective entre dissection et autopsie n’apparaît qu’au XXe siècle. L’une ayant pour objet l’enseignement de l’anatomie, l’autre la recherche des causes de la mort, on ne peut s’empêcher de penser qu’elles sont fondamentalement complémentaires puisqu'elles tendent vers un seul et unique but: la vérité.
Devenir médecin légiste
Le cursus est classique et divisé en trois cycles:
- un premier cycle de deux ans (avec le concours d'entrée en école de médecine à la fin de la première année),
- un second cycle de quatre ans scindé en une année très théorique et 3 autres années d'approche clinique,
- un troisième cycle dit "de spécialisation" (médecine légale en l'occurrence) qui va durer en moyenne entre 4 et 5 ans.
Les matières enseignées durant cette spécialisation seront entre autre:
- l'anatomie-pathologique ("anapath" pour les initiés)
- la médecine légale
- le droit de la santé
- les pratiques médico-judiciaires
- la toxicologie
- la biologie médico-légale
Comme son nom l’indique, le médecin légiste intervient chaque fois qu’un décès rentre dans un cadre juridique, (homicide, mort suspecte, découverte de corps sur la voie publique) qu’il s’agisse de pratiquer une autopsie, d’assister la police sur les scènes de crimes, de se prononcer auprès de la justice sur les circonstances mêmes du décès). Mais il faut savoir que le médecin légiste n'est pas seulement sollicité pour analyser la cause d'un décès, ses compétences sont également requises pour les vivants avec l'évaluation de séquelles dans certaines affaires de coups et blessures, d'accident, de mœurs.
Un sacerdoce... comme toute entrée en médecine. Mais cette spécialité fait sans doute appel à ce qu'il y a de plus humain en celui qui la choisit : aimer la vie au point de ne pas laisser l'autre la quitter sans avoir réussi à élucider l'énigme suprême, la dernière vérité.









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