Ecrit le 19/10/2011

" En France en 2008, selon les sources disponibles, le taux de suicide est de 16,2 pour 100 000 habitants. Selon les chiffres de l'OMS* : 26,4 pour les hommes et 7,2 pour les femmes. En 2006, plus de 10 400 décès par suicide ont été enregistrés en France métropolitaine. Les suicides sont aux trois quarts masculins. Le taux de suicide a baissé de 20 % en 25 ans, mais il a diminué trois fois moins vite que l'ensemble des morts violentes."

 

Ils tombent froidement sur le papier, orchestrés par les statistiques, ils font frissonner et méditer. On peut les faire parler, on peut les animer, tout comme on peut les ignorer et les oublier pour continuer de vivre sans se tracasser.

Que nous disent-ils ces chiffres aux angles incisifs, prêts à nous blesser ?

Ils nous disent que l’époque des belles promesses est révolue, qu’il est grand temps pour nous de prendre le temps de comprendre ce qui est en route, inexorablement. Ils reprennent en credo ce qui se dit tout autour de nous, haut et fort quelquefois, en chuchotant d’autres fois.

Mais ils parlent et nous devons les entendre.

N’est-il pas stupéfiant que l’homme, ce grand animal animé d’un instinct de survie ait déserté cette même raison de vivre en indiquant qu’en France on se meurt de vivre plus que l’on meurt d’accidents sur la route ?

Savoir que les suicidés sont en majorité des personnes de plus de soixante ans fait frémir.  A l’heure où les débats se déchaînent pour savoir si l’on nous accordera le droit de mourir dans la dignité, on passe sous silence la vie tragique de ceux qui cheminent  vers ces derniers instants dont on se soucie tant, loin des débats, loin des prises de conscience sur cette population laissée pour compte au fin fond des hospices et instituts  dont s’évadent des odeurs, des soupirs difficilement soutenables.

 

Et puis il y a le cœur des préoccupations : les maladies ; elles se déclinent dans tous les genres, elles grondent, menacent, s’amplifient… et viennent en écho de nouveaux débats où chacun veut y aller de son bon conseil ; médecins, scientifiques, journalistes. Les « nouvelles » médecines – qui n’ont pas encore le droit à cette appellation - tentent de se tracer un chemin, mais des espoirs surgissent ça et là, des petites lanternes s’allument, les discours évoluent, la maladie commence à parler, à faire savoir qu’elle habite un corps, un être animé d’émotions, d’histoires, la sienne et celle de sa famille, peut-être même celle de l’humanité.

La planète nous rappelle que nous sommes un petit maillon de la chaîne de tout un univers, nous réapprenons le mot humilité, peut-être même nous déciderons nous à aller l’habiter et renouer avec notre milieu qui loin d’être hostile aspire nous redonner confiance.

Oui, loin de ces chiffres assassins, la vie reprend ses droits : le droit de vivre et de mourir dans une harmonie oubliée et bafouée dans ce monde que nous avons cru moderne et révolutionnaire.

Qu’avons-nous vraiment inventé ?

Qu’avons-nous réellement oublié ?

Les chiffres pourront-ils nous donner ce qui nous a tant manqué ?