Les enfants du silence
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La Jalousie et le Deuil : un couple qui fait bon ménage
Ces dernières années j’ai été confrontée à des enfants, des adolescents qui vivaient une souffrance que je n’avais jamais observée. En travaillant avec eux, j’ai pu analyser que dans ce monde bruyant et interactif à outrance, ils avaient développé une angoisse au silence et bien plus grave encore, une terreur face à ce que j’ai appelé « le silence du ciel. »
Pour ces enfants, traverser les épreuves du deuil avec « rien » comme compagnon est d’une violence que je n’avais jamais connue.
Que s’est–il passé ?
Depuis de millions d’années l’homme connaît la voie du sacré, c’est ce qui le différencie des autres espèces. Dans les années 1970 - 1980 les familles françaises, qu’elles soient croyantes ou non avaient encore une connaissance de celui aux multiples noms: Dieu, Yahvé, Allah, bouddha, Krishna … Dans l’inconscient collectif il était donc pour certains une présence qu’on nie et pour d’autres qu’on vénère. Cependant dans tous les cas, la population dans son ensemble s’était construit une représentation mentale de Dieu. C’est pour cette raison qu’il était coutumier d’observer chez de nombreuses personnes athées une facilité à prier sans avoir eu aucun enseignement dans les derniers instants de leur vie.
Aujourd’hui l’enfant n’a plus accès à cette culture du mystère ni par le religieux, ni par le philosophie, ni par la société. Dans notre culture actuelle la mort est un Tabou ou un combat scientifique. La religion est présentée comme violente et obscurantiste. Le silence sur ses bienfaits est de rigueur. La philosophie est l’enfant pauvre de l’éducation (cela ne rapporte pas !)
Alors pour la première fois de ma carrière, je suis confrontée à des enfants qui dans la douleur doivent faire face au vide et au silence. Ils n’ont aucune idée, même la plus petite, de la dimension spirituelle. Ils n'en n’ont jamais entendu parler. Ils ignorent le reflexe (que possède même un athée !) de prier, demander, implorer l’univers dans une situation particulièrement douloureuse ou dangereuse. Ils sont seuls face à l’éphémère, face à leurs peurs, à leurs interrogations.
L’inconscient collectif serait-il en train de perdre sa dimension spirituelle ? D’après Malraux sans elle le XXI me siècle n’aurait pas grand avenir.
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Témoignage
Cette réalité interroge mon travail de thérapeute sur comment répondre à cette évolution.
J’ai donc le goût de partager avec vous, comment vous pouvez permettre à vos enfants d’apprivoiser le vide et le silence face à la mort, tout en respectant vos convictions philosophiques, religieuses, politiques.
Quand mes petits enfants m’ont demandé : « qu’est ce qui se passe après la mort ? Je leur ai répondu : « Après la mort, chacun rejoint le mystère de la vie. La route pour le rencontrer est différente pour chacun. C’est un chemin que tu dois d’abord faire seul, puis tu trouveras un jour si tu le désires, des livres, des personnes avec qui tu partageras cette route des connaissances mystérieuses. »
Je me souviens de voir leurs yeux excités de peur et de curiosité quand ils m’ont demandé : « mamy, qu’est ce qu’on doit faire pour trouver ce chemin ? » Ils avaient l’impression de partir à l’aventure.
Je leur ai donné la clé de ce chemin initiatique qui est celui de la méditation, ou de la prière selon vos convictions. J’ai introduit dans cette initiation au mystère, les conditions suivantes.
La pratique du rituel magique se fait dans la solitude, le silence, le noir ou la pénombre de la chambre. Je leur ai appris la respiration lente et profonde qui conduit à un état de relaxation. Ensuite, ils avaient la consigne de parler dans le vide doucement en toute confiance. Ils pouvaient confier leurs peines, leurs rêves, leurs joies, leurs interrogations, puis ils devaient remercier l’univers des cadeaux de la vie. A la fin du rituel, ils pouvaient faire une demande un souhait, un vœux. (C’est cela qu’ils préféraient faire)
J’ai évoqué avec eux comment l’univers (qui ne parlait pas !) pouvait leur répondre. Les rêves contiennent parfois les réponses, le corps en exprimant une sensation de bien être ou autre en est une autre, ou encore une idée qui traverse l’esprit et étonne, ou tout autre signe qui deviendra peut être leur particularité dans cette communion avec la source de vie. Ils se sont mis à l’écoute d’un ailleurs dans lequel ils trouvent du réconfort. Leurs instants de solitude sont devenus riches et peu à peu une porte s’est ouverte qu’ils nourrissent à leur manière à présent.
Quand ils doutent, j’aime leur répéter que tout le monde peut y arriver parce que le chemin du mystère est celui d’où l’on vient et où l’on va, sauf qu’il est au fond du cœur de chacun.
La comparaison avec le père noël facilite bien la compréhension de l’inconnu pour les petits. Je leur fait observer que : « Personne ne voit le père noël, pourtant aucune enfant ne doute de son existence grâce aux cadeaux qui la manifestent. L’univers dans lequel ils vivent est un cadeau toujours renouvelé. Il apporte l’air, l’eau, la nourriture et la beauté dont les hommes ont besoin pour exister, cela est la manifestation de l’existence de ce qui les dépasse. « L’invisible est bien réel ! Puisque tu existes » est la phrase qui termine souvent nos discussions. Comme le dit voltaire « je ne peux m’empêcher de penser que cette horloge à un horloger.
C’est cela : « apprivoiser le silence » ouvrir une porte ou l’homme depuis qu’il existe trouve le moyen de transcender sa condition éphémère et rejoindre l’essence de son être.
Par la suite chacun est libre d’offrir une éducation religieuse, philosophique, animiste … ou rien, ce n’est pas important ! L’essentiel c’est que l’enfant ait accès à cette dimension, qu’il puisse se relier à l’immensité, au vide, au silence sans peur, pour pouvoir développer une sécurité émotionnelle.
Notre monde a besoin de spiritualité et nos enfants en sont privés. Sans spiritualité la peur devient le maître de leur vie, le maître du Monde.










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