Le temps où la Mort initiait la Vie et l’Amour

Dans notre société moderne la mort est devenue taboue : moins on en parle, moins on y est confronté, mieux on se porte.

Que l'on puisse mourir à la maison terrifie l'entourage. On ne sait plus comment accompagner l'agonie ni organiser les rituels de cette épreuve. Ce savoir à pratiquement disparu : On confie aux mains de professionnels le soin de laver et d’habiller le cadavre. De la même façon, la dimension religieuse du service funéraire est souvent une grande première pour les participants ; les enfants  ne sont plus conviés au chevet du mort car ce spectacle est  considéré comme un traumatisme.

Le temps où l’on accompagnait l’agonie de ceux que l'on aimait sans terreur avec de la souffrance au fond du cœur, des larmes plein les mouchoirs, des nuits sans sommeil, des prières sans espoir a disparu.

Je n’ai jamais, dans de tels instants,  ressenti le danger : ce n’était pas effrayant, c’était la vie  tout  simplement. Nous étions  réunis pour partager la garde du défunt et j’avais l’impression, que nous devenions très importants les uns pour les autres. Laver et habiller le corps était le rôle destiné aux très proches. La mort était un moment précieux, vécu en famille ; un rituel d'amour dont je suis heureuse de n’avoir  jamais été écartée. 

Aujourd'hui, dans les rues comme dans les campagnes la mort a déserté les trottoirs. Les signes qui marquaient son passage ont disparu, ils seraient même considérés comme indécents.

Je suis nostalgique du temps où, lorsqu'une famille était en deuil on le savait; les maisons se drapaient de noir, volets fermés, une petite table installée dehors, un livre blanc  posé dessus nous invitait à inscrire quelques mots pour manifester notre soutien.

Ces mises en scènes enseignaient dès le plus jeune âge que la mort est une épreuve que nous traverserons tous. Les personnes en deuil osaient pleurer devant tout le monde. L’entourage les respectait et les saluait.  La souffrance ne faisait pas fuir.

La première fois où j'ai été gênée devant des  personnes en larmes, j'ai baissé la tête. La présence du malheur m'a dérangée.

Alors ma grand-mère m'a confié : «  N’aie pas peur des larmes, elles nettoient l’âme, c’est bon de pleurer. » Puis elle a repris : « Ils sont dans la misère, il n’y a que le temps qui soigne, ne t’inquiète pas, même le malheur passe. C’est la vie.»

Cet enseignement m'a été précieux pour accepter que le temps des larmes suive le rythme de chacun. Que la mort  n'est qu'une saison de la vie et qu'il n'y a pas d'âge pour mourir mais l'assurance d'un temps de vie suffisant à chacun.

Françoise Dolto disait: « On meurt quand on a fini son temps. »... et j’aime ajouter : jamais avant.

 


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Derniers commentaires

je suis assez d'accord: j'ai aidé mon père à habiller son frère mort (89 ans), sans que cela nous pose le moindre problème: naturel de faire cela pour quelqu'un qu'on aime
je trouve aussi dommage qu'on ne porte plus le deuil, cela évitait bien des propos maladroits, on respectait le chagrin normal après un deuil
quant aux enfants, ils n'ont pas à être exclus de la mort, c'est les exclure de la vie, en somme? pourquoi ne seraient-ils pas avec les adultes à partager ces moments? cela les prépare à trouver la mort naturelle, ce qu'elle est!
parce que les adultes n'assument pas et ont peur? de quoi? pourquoi?