Gislaine duboc

Le Monde de Maya

« Parle-moi du Monde de Maya » : me demanda un jour une patiente à qui je disais en riant : «  Tu es dans le monde Maya, ce n’est pas grave ? »

 

Ce monde au si joli nom est le monde de l’illusion.

C’est l’espace dans lequel on se réfugie quand la réalité est trop difficile à vivre. On y va tous, plus ou moins, dans une vie. Certains ne font qu’y passer, d’autres y restent longtemps et d’autres encore y sont enfermés. Les évènements qui le font naître sont : le deuil, une rupture, une agression, un traumatisme, une lassitude face à une longue maladie, un viol, un accident, un handicap, la peur…

C’est une défense naturelle de notre psyché quand ce que l’on vit est trop dur à supporter. Quand on ne trouve pas de solution à une situation. Quand l’inacceptable est devant nos yeux. On est coincé dans ce no man’s land.

 

C’est la rencontre avec deux réalités qui cohabitent. En voici quelques exemples.

J’ai été cette maman qui prenait la route vers l’hôpital depuis plusieurs mois. Je garais la voiture,  achetais les friandises, puis je montais dans la chambre. Mon sourire illuminait son visage tellement nous retrouver était un bonheur. Je m’activais calme et paisible, fini les excès émotionnels des premiers mois. J’étais là, souriante, bienveillante, à l’écoute et sans aucune appréhension, l’amour était là. Tout cela était possible parce qu’une partie de moi vivait dans le silence, comme dans un cocon anesthésié. Je me voyais agir seconde après seconde, ce sentiment d’intense absence me donnait l’illusion de la paix, alors que l’enfer était devant mes yeux.

 

Le Monde de Maya c’est aussi l’histoire de Stéphanie qui sait que tout est fini dans son couple, mais elle reste.

Une part d’elle est coincée dans le silence où elle ne sent plus rien. Elle parle aux enfants, laisse son mari lui faire l’amour, elle n’est pas là, son corps ne sent plus rien. Parfois il lui dit : « j’ai l’impression d’être avec un fantôme, mais où es-tu ?  » Elle sourit et lui répond : « mais qu’est-ce que tu racontes ? » Puis, elle se retourne et pense qu’il ne la touche plus, ni par son sourire, ni par son humour, encore moins par sa tendresse, cela ne lui fait plus rien. Elle est coincée dans le monde de Maya parce que chez elle on ne divorce pas, on ne quitte pas le père de ses enfants. Elle existe dans deux réalités.

 

On peut rester longtemps très longtemps dans de fausses relations quand tout est mort à l’intérieur.

Après la perte d’un être cher, nombreux sont ceux qui se réfugient dans le Monde de Maya. Ils avancent comme des fantômes bien éduqués. Ils font tout posément et calmement, ils répondent aux amis, aux voisins, aux enfants, qui sont autour d’eux. Ils vont au travail mais à l’intérieur le ressort est cassé. Ils ont perdu l’odorat, les sensations, le goût des aliments, les bruits sont étouffés, ils agissent mais une part d’eux est dans l’œil du typhon, tout est calme, rien ne bouge.
Ils peuvent répondre : « ça va », « tout va bien », dire des mots de réconforts à leur entourage et tout cela parce qu’ils sont ailleurs, dans le vide de la douleur extrême. Ils survivent dans le Monde de Maya.

 

J’ai été confronté à cette situation et c’est le travail shamanique qui m'a permis d’en sortir, de revenir parmi les miens, au cœur de la vie qui a du goût.

Les rituels avec la nature sont très profonds et ils touchent la partie inconsciente enfermée dans cette bulle. En les adaptant à notre culture et à ma formation de psy, j’ai créé un travail initiatique pour sortir de cet état en découvrant une troisième réalité, qui permet d’agir ou de dépasser une détresse.

Les shamans ont l’habitude de naviguer dans plusieurs réalités et j’aime aussi faire cela. Leurs connaissances sont inspirées par la nature, ils savent aller au cœur de l’hiver pour y faire naître à nouveau le printemps. C’est ce que je propose à ceux, qui enfermés dans la douleur ou dans l'impossibilité d'agir, veulent reprendre la route de la vie pleine et libre. C'est un travail shamanique qui permet une véritable transformation.
 


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