Gislaine duboc

Le funambule

Quand je suis dans l’obligation d’informer mon interlocuteur de la mort de mon fils la réaction qui suit est souvent la même: « Oh pardon »  puis « Cela doit être terrible » enfin «  c’est le pire ». J’ai envie de lui dire : « Tais toi ! Ne mets pas des mots là où il n’y a n’a pas. Ne projette pas ta peur sur la mienne qui dort encore »

Comment partager cette souffrance ? La douleur est orpheline nous le savons tous.

J’ai cherché au plus profond de moi et j’ai trouvé cette métaphore : Le Funambule 

J’avance sur un fil, au dessus d’un gouffre géant tendu entre deux montagnes. Les consignes sont simples :

Surtout regarder devant soi

Ne jamais se retourner

Un pas après l’autre

Ouvrir grand les bras

Respirer lentement et……….

Sourire

Mais parfois je glisse et je tombe dans un gouffre sans fin.

La chute est vertigineuse, je m’étouffe et je crie, le monde s’obscurcit. J’essaie de m’accrocher au vent au vide... mais rien n’arrête cette descente aux enfers.

Pourtant, alors que la nuit s’engouffre au fond de moi ; un chien, un chat, un sourire, un je t’aime, un rayon de soleil, un rire d’enfant, me jettent une corde a laquelle je m’accroche désespérément.

Je m’agrippe  fermement à ce sourire, ce rire, cette vie qui m’appelle et je me hisse et remonte sur le fil de ma vie.

J’entends à nouveau cette petite voix qui me dit :

Surtout regarder devant soi

Ne jamais se retourner

Un pas après l’autre

Ouvrir grand les bras

Respirer lentement et……….

Sourire,  sourire

Pour laisser danser la vie

 

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Derniers commentaires

Et vous, qu'en pensez-vous?
Merci à tes mots de traduire exactement ce qui est aussi pour moi. C'est cela. Le silence s'impose, et nous, maman, papa, nous avançons tel le funambule, parfois même à l'aveugle, parce-que le "courant" va et qu'on est dans un schéma de survie. Merci Gislaine. Nous participons à la même randonnée, une randonnée de l'Extrême ... Bon souffle à toi pour cheminer vers et à la mémoire de ton enfant. Nathalie, la maman de Quentin (j'aime signer comme ça. Mon fils disait : maman je suis à califourchon sur ton coeur !... C'est ça). Belle journée à toi Gislaine