Le deuil, des bénévoles à l'écoute
Parfois au début, ou des mois, des années après le décès d'un proche, la personne endeuillée éprouve le besoin de parler de son lien avec le disparu, de déposer sa souffrance, de dire et de redire. Parler avec ses proches ne suffit pas.
Pour écouter ces personnes endeuillées, plusieurs associations ont mis en place des lignes d’écoute téléphonique.
Au bout du fil des bénévoles
A Vivre son deuil Ile-de-france, c’est une dizaine de bénévoles qui se succèdent au téléphone, chacun pour 2 à 3 heures par semaine. Retraité, infirmier, employé de bureau, … jeune ou plus âgé, certains ayant souffert d’un deuil il y a longtemps, d’autres pas : il n’y a pas de profil type du bénévole écoutant.
L’éthique de l’association impose l’anonymat, à la fois des personnes endeuillées et des écoutants. Tout au plus, dans certains cas, donneront-ils leur prénom. Il ne s’agit pas, en effet, de créer un lien, mais simplement d’offrir la possibilité de déposer ce que l’on vit et de raccrocher plus serein. De même, les bénévoles ne font état ni de leur profession - même médicale - ni de leurs convictions religieuses ou autres.
Ecouter pour guérir son propre deuil ?
Non, les bénévoles ne viennent pas écouter pour surmonter leur propre deuil. Les associations insistent toutes pour dire que l’écoutant, s’il a vécu un deuil, doit avoir laissé passer plusieurs années. Il est essentiel que le bénévole soit clair sur ses motivations et sa fragilité personnelle. En revanche, il arrive que des bénévoles se proposent avec le désir d’aider des personnes ayant vécu la même chose qu’eux, un deuil dans l’enfance par exemple.
« L’objectif est d’aider les personnes par une écoute empathique, un soutien. Il ne s’agit pas de soins comme en prodigue un thérapeute. Souvent d’ailleurs, les appelants suivent par ailleurs une psychothérapie. » explique Marie-Dominique Durcos, Présidente de Vivre son Deuil Ile de France.
Devenir bénévole écoutant, ça s’apprend !
Avoir de la bonne volonté, un grand cœur et avoir vécu ou approché le deuil ne suffit pas. Pour M-D. Durcos, « une formation est essentielle : on croit tout savoir sur le deuil mais le deuil revêt des aspects et une évolution précise spécifique. A l’issue de la formation, il est arrivé que des bénévoles potentiels renoncent. »
A Vivre son deuil, la formation initiale est de quatre jours (sur les étapes du deuil, le deuil pathologique, le cas particulier des enfants endeuillés, celui des suicides…), puis elle se poursuit au cours des années, par des participations à des colloques comme « La mort et les deuils aujourd’hui », ou « Le deuil des enfants » …etc. «Cette formation permanente fait partie de notre éthique ».
Chez S.O.S. Amitié, les bénévoles suivent environ 80 heures de formation, par des psychologues, psychanalystes et des écoutants expérimentés. Elle comprend des aspects théoriques et des mises en situation.
Outre cette formation, les associations ont mis en place des superviseurs qui encadrent les bénévoles. A Vivre son deuil, le superviseur, sui est toujours un thérapeute diplômé et formé au deuil, est rémunéré par l’association pour permettre aux bénévoles de déposer les choses difficiles qu’ils ont entendues, pour répondre à leurs questions sur des problématiques particulières rencontrées au téléphone.
Combien de temps restent les bénévoles ?
« Certains sont là depuis une dizaine d’année, mais la plupart nous accompagne entre 4 et 6 ans, ce qui est la durée constatée dans toute activité de bénévolat. C’est plutôt bien d’ailleurs, souligne M-D Durcos, il faut avoir une grande énergie et une pleine volonté d’aider, et celles-ci peuvent s’émousser avec le temps. »
Un « merci » c’est extraordinaire
Le « merci » qu’ils entendent très souvent après ¾ d’heure à une heure d’écoute, est extraordinaire. « Sentir que la personne raccroche en étant plus sereine, même si sa souffrance rejaillira plus tard certainement, est une véritable satisfaction. »
A une époque où l’on déplore parfois le repli sur soi et le matérialisme, les écoutants de ces associations, anonymes et généreux, sont la preuve vivante que la générosité n’a pas disparue.
- Lignes d'écoute généralistes :
Vivre son deuil (T : 01 42 38 08 08)
Ecoute Deuil (T : 04 76 03 13 11)
SOS Amitié (www.sos-amitie.org)...
- Lignes d'écoute spécialisées :
Naître et vivre (deuil périnatal T : 01 47 23 05 08)
Phare Enfants Parents (après le suicide d’un enfant T : 0 810 810 987)
Dialogue et solidarité (deuil du conjoint T: 0 800 49 46 27)
SOS Suicide Phénix (T : 01 40 44 46 45)
Suicide écoute (T : 01 45 39 40 00)…











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