L'amitié, pour aider à traverser le deuil
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Montée des marches pour le ciel
"On vient de lui diagnostiquer un cancer du Pancréas … ".
Céline m’annonce la nouvelle, après que je lui ai demandé des nouvelles de son père qui est suivi depuis plusieurs mois (années ?) pour un cancer des poumons.
Ce diagnostic est l’un des pires, sinon le plus abominable qui puisse exister au sein du large éventail des cancers qui sont susceptibles de nous attendre un jour ou l’autre au détour d’un chemin. LE cancer qu’il ne faut pas avoir.
Cancer … un mot qui est comme suspendu à une corde à linge dans mon esprit, un mot que je n’aurai pas encore ramassé avec le reste du linge et qui peut encore tranquillement prendre le soleil.
A 38 ans, toujours pas de cancer, pas non plus de prédispositions héréditaires, une fréquentation assidue des médecins, tout cela faisant qu’avec un peu de chance j’y échapperai.
Mais de nos jours, lequel d’entre nous n’a jamais été confronté de près ou de loin à une personne atteinte d’un cancer ?
Je regarde Céline et ses grands yeux pétillants de vie, son sourire accroché et indéfectible et je me dis que dans quelques mois, elle dira l’ultime au revoir à son père parce qu’il n’y aura aucune autre solution et que la maladie dont il est atteint est incurable. Elle en est consciente et elle va s’y préparer.
Mais comment peut – on réellement se préparer à quelque chose d’inacceptable ?
Dans la perception que nous avons de la mort, il y a un aspect que nous négligeons bien souvent, à plus forte raison lorsque nous ne sommes pas concernés, c’est cette capacité d’écoute et de soulagement que nous pouvons fournir à celui qui se retrouve en souffrance. Non, il ne s’agit pas de souffrir avec lui et pour lui. Il s’agit d’oublier ses propres craintes et sa tristesse pour ne penser qu’à celui ou celle qui sera devant nous, cette personne que nous aimons et que nous savons en grande perdition. Etre sur le point de perdre une personne qui nous est chère fait immédiatement basculer le psychisme dans une dimension parallèle. Comme déconnecté des futilités du quotidien, comme recentré sur l’essentiel, l’esprit opère un tri sélectif, une sorte de mécanisme d’auto-défense. Et de l’immunité, il va en falloir quelques doses pour affronter la suite.
Me voici face à une situation des plus délicates pour laquelle je vais devoir faire un choix. Céline aurait pu choisir de ne rien me dire et quand elle a prononcé ces paroles, j’aurai tout aussi bien pu l’écouter et me contenter de la plaindre. Mais il s’agit maintenant pour moi de me positionner en tant qu’amie. Une amie véritable, car il ne faut pas se leurrer, c’est bel et bien dans de tels évènements de vie que l’on reconnait ses vrais amis. C’est désormais à moi d’honorer l’amitié qu’elle me porte en m’ayant confié sa douleur.
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Psychologie
Je serai donc là pour Céline. Je respecterai ses silences, je m’efforcerai d’être une écoute neutre et bienveillante, j’entendrai ses larmes, je ferai mon possible pour la distraire, pour lui donner ne serait – ce qu’un moment de sourire, avec mes moyens, mes possibilités. Je saurai m’effacer si elle le souhaite et revenir au moment opportun, sans jamais la juger. Comme une main perpétuellement tendue à sa disposition lorsqu’elle souhaitera la tenir, un moment, ou longtemps.
Contrairement à ce que certains d’entre nous peuvent quelquefois prétendre, il n’existe pas réellement de hiérarchie dans la douleur occasionnée par le deuil. Il n’y a pas de mort plus acceptable que d’autre. Il n’y a pas de degré de tristesse. Il y a juste celui ou celle que nous aimions, qui n’est plus là et le vide que nous ressentons à sa disparition. Un vide abyssal que nous savons impossible à combler, là, tout de suite. La prise de conscience immédiate d’une situation irréversible : on ne le reverra plus, elle ne reviendra jamais. Du moins pour quelques uns, pas dans cette dimension où nous, nous continuerons d’évoluer. Pourtant, combien d’entre nous qui avons perdu un proche, un grand-père, ou même un père âgé, avons-nous entendu "c’était un bel âge pour mourir".
Mais le fait est qu’un père qui s’en va, à 49 ans ou à 92, cela reste notre père, et cela laisse un manque indéniable. Une blessure à vif qui ne pourra se refermer que très doucement, avec du temps, de la patience, de l’écoute, de l’amitié, de belles rencontres, de l’amour.
Notre présence et notre amitié sont les plus beaux cadeaux que nous puissions offrir à ceux que nous aimons lorsqu’ils se retrouvent confrontés à une situation de deuil imminent, à fortiori quand nous avons suffisamment de détachement vis-à-vis de la personne disparue. Il s’agit alors de faire abstraction de ce sentiment de gêne ou de malaise qui nous envahit "je ne sais pas quoi lui dire", "elle n’a surement pas envie d’en parler", "il ne veut voir personne"… Il faudra alors déployer des trésors de patience, de respect, de force et de compassion pour trouver le juste dosage dans la présence et l’écoute. Mais au final quoi de plus naturel et légitime que d’assumer ce rôle ?
Je serai là pour Céline, pendant et après, pour l’aimer, la soutenir et l’accompagner.










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