La mort perçue par les enfants
A l’âge où toutes les préoccupations ne devraient être que de l’ordre de la tartine de confiture du goûter du quatre heure, du nombre de billes gagnées dans la cour d’école ou de la prochaine partie de cache-cache organisée au jardin, comment les enfants perçoivent - il réellement la mort ?
"On disait qu’on était mort", mais fort heureusement, une fois les bras et les jambes en croix au sol, on se relève et on repart de plus belle, "pan, pan tu es mort !" , "non c’est moi, c’est pas toi" pour finir dans d’immenses éclats de rires et surtout de vie.
Le concept de mort est évidemment différent en fonction de l’âge et un enfant n’a réellement conscience de son aspect irréversible qu’à partir d’une certaine période. On peut considérer que l’âge de 7 ans laisse apparaître une idée bien concrète de la mort aux yeux des enfants. Avant, entre 2 et 4 ans, cela ne reste qu’une notion abstraite. Il est même fort peu probable qu’un enfant manifeste du chagrin à l’annonce de la disparition d’un proche. Ou qu'il l'évoque autrement qu'à travers ses jeux.
Bien souvent, les adultes se questionnent sur le ressenti d’un enfant pour lequel la mort est une réalité bien établie. Enfants ayant beaucoup soufferts, orphelins, élevés dans des circonstances difficiles, ou même ces enfants atteints de pathologies graves, voire incurables. Ils ont tous une vision plus aboutie de la mort, car ils la fréquentent, ou l’ont fréquenté assidûment.
Inversement, la mort étant un sujet tellement tabou, à plus forte raison entre les adultes et les enfants, qu’il est assez rare d’en parler de façon spontanée ou de l’évoquer autrement qu’au milieu de circonstances familiales.
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3 ans, 7 ans, 10 ans, 14 ans …
Ils sont en pleine santé, ils jouent, rient, parlent, vivent leur vie d’enfant et d’adolescent sans se soucier de la mort. Pourtant ils savent l’intégrer dans leur quotidien, chacun à leur manière.
- Les enfants, Maman veut écrire un article et elle a besoin de récolter vos avis sur un sujet bien précis, alors asseyez vous à table, on va discuter !
- Oui mais on va discuter de quoi ?
- De la mort !
- Hein ?!"
- Ben oui de la mort, tu sais bien, Maman elle écrit des trucs sur la mort !
- Ha oui ! C’est vrai ! …
Lorsque je décidais de réunir mes quatre enfants autour d’une table pour parler de la mort, je m’attendais à des réactions relativement théâtrales. Quelque chose qui leur apparaîtrait comme étrange, surréaliste, morbide, dramatique, sophistiqué …
Aucun d’entre eux ne laissa transparaître la moindre sensation de dégout ni de crainte manifeste à l’idée d’évoquer ce que la mort représentait à leurs yeux. Ils semblaient même quelque peu blasés. La mort en elle-même était comme inintéressante, abstraite, évidente mais complètement décalée. Mais inintéressante ne signifiait pas pour autant qu’ils ne s’en souciaient pas.
En revanche, ce qui semblait les préoccuper de façon beaucoup plus pragmatique était ce qui allait se passer après la mort.
- Quand on est mort on ne respire plus.
- On est sur les nuages …
- Ah oui ! On est sur les nuages, et on regarde les gens !…
- On est jeune et beau, on fait la fête sur les nuages et on a une feuille de vigne à la place du slip …
- Quand on est mort, le cerveau ne pense plus, on arrête de penser …
- Hein Maman, les crocodiles c’est méchant et les baleines c’est des gentilles …
- Et toi Maman, tu crois qu’il se passe quoi après la mort ?
Joker …
Les enfants n’ont assurément pas la même vision de la mort que nous. Ils sont mêmes dans un registre totalement opposé. Là où nous ne percevons que tristesse, noirceur, fin et souffrance, eux le retranscrivent en jeu, simplicité, espoir, candeur, légèreté. Pourquoi alors cela ne serait- il pas possible pour nous d’agir et de penser avec cette part d’enfant qui demeure forcément en chacun de nous ?
Dans son magnifique ouvrage, "Deux petits pas sur le sable mouillé" (Les Arènes éditions, 03/2011), Anne-Dauphine Julliand, nous raconte une histoire d’amour et de vie. Celle de l’amour inconditionnel d’une mère qui s’est battue avec la vie mais aussi avec la mort. Elle a vécu l’indicible, ce que chaque parent redoute de devoir vivre au plus profond de lui-même : la perte d’un enfant. Thaïs, sa petite fille, est à peine âgée de deux ans lorsque les médecins lui diagnostiquent une maladie génétique incurable. Le bébé qu’elle porte en elle et qui va arriver dans quelques mois a une chance sur quatre d’en être atteint aussi.
Son témoignage est une leçon de vie, d’amour, d’espoir, mais c’est aussi une vision de la mort à travers des yeux d’enfants, celui de son fils aîné, Gaspard, qui observant durant de longues semaines les évènements liés à la maladie de sa sœur, déclarera tout simplement "c’est pas grave la mort Maman, c’est triste mais c'est pas grave".
Un grand petit bonhomme, un enfant qui a tout compris de la vie.
Si quelquefois nous, adultes, nous arrivions à lâcher prise, à nous permettre assez de recul pour observer les beautés de la vie pour pouvoir mieux en profiter, nous nous sentirions alors peut être moins désemparés face à l’expérience de la mort.








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