La mort est leur métier

Métier : nom masculin.

Profession caractérisée par une spécificité exigeant un apprentissage, de l'expérience.

Habileté technique que procurent la pratique et l'expérience d'une activité professionnelle.

(Larousse).

 

De nos jours, la reconnaissance sociale que chacun d'entre nous espère, passe en grande partie par la profession que nous exercerons, exerçons ou avons exercée.

Il arrive souvent qu'un cliché apparaisse automatiquement, dès lors que l'on a connaissance du métier exercé. Un professeur des écoles sera forcément  pédagogue, un médecin à l'écoute du bien être physiologique d'autrui, un journaliste au courant de l'actualité et un commerçant obsédé par son chiffre d'affaire quotidien.

Qu'en est-il des clichés récoltés sur ces professions directement en contact avec ce que l'on peut  objectivement appeler ... la mort ?

Thanatopracteurs, entrepreneurs de pompes funèbres, médecins légistes, fossoyeurs, marbriers, infirmiers en soins palliatifs, employés des reposoirs ou des funérariums...  Ils sont tous, de près ou de loin confrontés à la mort. Quelquefois, leur métier fascine. Des anecdotes souvent invérifiées nourrissent l'inconscient collectif de mythes et autre légendes urbaines entretenues par  une sorte de volonté commune de ranger ces professions dans une case "à part". Comme s'il n'était pas normal ( mais qu'est ce que la normalité après tout ? ) de travailler avec la mort mais plus encore, de s'être retrouvé  volontairement dans cette profession.

Car il faut le souligner, au XXIème siècle, on n'atterrit plus par hasard au sein des métiers de la mort. Il d'agit d'un véritable projet professionnel,  pour de nombreux prétendant aux divers postes proposés.

Peut-on parler de vocation ? Oui, certainement. Non pas que la mort ou que tout ce qui peut effectivement graviter autour du sujet soit en lui même une "vocation", mais l'idée de vouloir recentrer ses priorités professionnelles sur "l'autre" relève, là, de la vocation.

Autrui. Etre à l'écoute de l'autre, l'aider, le soutenir, l'accompagner. Il s'agit forcément d'une vocation. On ne choisit pas un tel métier par hasard et rares doivent être les prétendants qui assument leur fonction par simple souci alimentaire. Non, il faut d'autres motivations, bien plus puissantes qu'un chèque à la fin du mois pour accomplir  l'un de ces métiers. Métiers où, s'il peut évidemment exister, le droit à l'erreur est quasiment inconcevable.

 

Le terme d'accompagner revient souvent lorsque les métiers de la mort sont évoqués sur n'importe quel support. Accompagner les vivants lors de l'organisation des funérailles, les démarches administratives, l'avant, le pendant, et un peu l'après. Accompagner les familles avec un soutien psychologique, pour des situation difficiles. Mais aussi accompagner les défunts. Etre auprès d'eux pour n'importe quelle situation et dans un respect permanent de la personne.

Qu'il s'agisse d'une autopsie, d'une mise en bière, d'une exhumation, d'une incinération, d'un soin de conservation ou encore d'une présentation à la famille, mais aussi d'un simple accueil pour un suivi administratif, un conseil sur une procédure, une succession,  le professionnel sera là, auprès de l'autre. Il interviendra avec sa science, sa méthode, son savoir faire car on parle ici de savoir-faire.

Outre la technique, il faut pouvoir aller puiser dans ce qu'il y a de plus spirituel et de plus relatif en soi pour trouver la juste distance entre ses émotions et son histoire. Savoir faire abstraction de ses sentiments sans pour autant s'en défaire complètement, trouver  la bonne distance à adopter en présence de la famille, des proches. Savoir s'effacer, ou bien répondre aux questions, qu'elles soient d'ordre théorique ou pratique.

Si au détour d'un dîner entre amis, ou en sympathisant avec les parents du meilleur ami de votre petit dernier, vous apprenez  que ce monsieur là, ou bien cette demoiselle ci, exerce  une profession au sein de l'univers de la mort, souvenez vous bien de la définition même du mot métier et faites abstraction de ce premier sentiment de rejet qui pourrait commencer à vous envahir. Nous tous, en ce monde, auront un jour à faire à l'un d'entre eux. Nul ne sait exactement quand ni dans quelles circonstances. Ce que nous exigerons d'eux en cette occasion, sera l'application stricto-sensu de leur savoir faire.

Exercer un métier au sein de l'univers de la mort ne signifie pas pour autant posséder un penchant morbide, un pessimisme à toute épreuve, une volonté de voir la vie en noir ou bien un attrait spécifique pour le sensationnel.

Laissons donc de côté nos idées toutes faites et ces préjugés inutiles et soyons attentifs aujourd'hui à ceux qui un jour nous permettront de faire humblement ce lien entre ces deux dimensions.


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