La mort en face
Témoignage d'un ami très très proche. Merci à lui.
"Je viens de fêter mes 70 ans entre ma femme et mon fils (qui a pris le tgv pour passer cette journée historique avec moi !). Belle, tendre, douce journée !
Pourtant, il a 4 ans j’ai été opéré d’une tumeur cancéreuse au pancréas. Pour ceux qui préfèrent ne pas y penser, je peux leur dire que « la providence divine » ou tout simplement la chance vous permettent, parfois, de surmonter le pire : je suis devenu jaune comme un poussin (ou comme un coing !), ce qui a donné l’alerte…
J’ai vu mon premier mort à 18 ans – mon grand-père, qui avait subi la guerre de 14/18 : un très beau mort ! (après mon bac philo). Seulement mon professeur « d’amour de la sagesse » inintelligent (malgré ma détestation de dénigrer mes collègues !) ne m’a guère préparé à une telle éventualité : peur panique de perdre mes parents…
A 25 ans (1967) le ciel m’est tombé sur la tête : ma grand-mère maternelle (cancer) et mon grand-père paternel (90 ans indigestion due aux fêtes) avaient disparu les 2 années précédentes – et ma mère maigrissait terriblement : forcée d’être hospitalisée – elle avait 55 ans. Quel don divinatoire me saisit-il ? J’ai contacté immédiatement le médecin qui daigna – après un guet infernal me prévenir qu’elle n’avait que quelques semaines à vivre…
Fils unique et seul avec un père plus ou moins en dépression, quelle force m’a saisit pour tenir le coup ? encaisser le télégramme de l’hôpital annonçant le décès de ma mère, seule dans la nuit ? Quand mon père et moi nous nous retrouvâmes abandonnés par la famille venue faire de la figuration aux funérailles ?
C’est, donc, après que « cela » a commencé : cette dérive expiatoire illimitée… Je dois reconnaître que les médecins « psy » (et peut-être la foi : considérer ma mère comme toujours vivante) m’ont aidé. Certes, fonder une famille apporte un répit.
Mais le plus terrible c’est que rien n’avait été dit envers ma mère : à cette époque-là le cancer était tabou…
Je me permets, donc, de conseiller vivement : d’abord on ne dit jamais assez son amour aux gens qu’on aime, c’est quand en assiste, effondré, à leur enterrement qu’on en prend conscience.
Ainsi j’ai pu longuement discuter avec mon père et surtout incriminer sa non-éducation envers moi, pour lui rendre justice je dois reconnaître, ici, que lui-même a été fort délaissé, ayant perdu sa mère à la naissance…
Ainsi, à sa mort, environ 30 après, j’étais beaucoup plus apaisé. Un deuil (surtout celui de sa mère pour un enfant unique) ne se termine jamais, mais il peut s’assoupir et livrer plus d’espace à la vie quotidienne…
35 ans après la mort de ma mère, un cousin germain que j’aimais beaucoup a disparu dans les mêmes conditions. Ma mère reposait solitaire, loin de son village natal. Sa jeune sœur (qui vit encore) et mère de ce cousin avait souvent réclamé la dépouille de son aînée (autoritaire).
Jusqu’alors j’appréhendais l’incinération car il fallait y assister lorsqu’il s’agissait d’un défunt mis en terre. En y mettant le prix, j’ai pu recueillir l’urne funéraire de ma mère et la déposer moi-même dans le caveau familial aux côtés de mon cousin : plus qu’un geste, un rite qui a définitivement pacifié la cicatrice ! "











Ajouter un commentaire
Identifiez-vous ou devenez membre
pour poster un commentaire.