La Jalousie et le Deuil : un couple qui fait bon ménage
« Les Artistes » c’est le nom d’un petit bar sympa où j’aime lire lors de ma pause. J’y suis entourée de personnes qui parlent, rient, mangent, jouent aux échecs, crient, se disputent parfois. J’aime cette sensation d’être à la fois en marge dans un recoin du bar et au centre.
Pourtant, quand une mère rentre avec son fils pour boire un verre, leur complicité, la tendresse qui émane de leur couple me dérange. Je suis crispée, irritable je les déteste. Non ! D’abord je LA déteste, puis c’est lui. Ce "couple" qui semble si proche, si aimant me fait terriblement souffrir. Je voudrais les chasser, les battre, les éliminer. La violence, la haine montent en moi.
Cette douce mise à l’écart que je ressentais précédemment dans le bar, se transforme par leur présence en un sentiment d’exclusion d’un monde qui m’est interdit à tout jamais.
Mes pensées reviennent alors vers toi, mon fils. Toi, qui savais si bien me faire rire. Je revisite notre vie qui devient une suite de rendez -vous . Je nous revois écrire ensemble, refaire le monde, nous enthousiasmer sur un livre, un film, un poème. Nous aimions parler philosophie, voyage, ta poésie rencontrée, ma folie dans une belle et riche complicité qui savait nous émerveiller.
Plus je me perds dans mes souvenirs, plus ces moments retrouvent leur fraîcheur et tout mon être baigne dans cet amour partagé. Il me semble que je pourrais remonter le temps, qu’il me suffit d’un souffle pour que le « passé » devienne « le présent. »
J’essaie encore et encore de retenir cette émotion si forte, si chaude, mais la magie de cet instant où tout semblait possible s’attenue. Je me sens penaude après avoir atterri sur ce rivage du « présent. »
Je laisse mon regard se glisser vers ce "couple" qui a suscité en moi tant de colère, de haine et de jalousie. Apaisée par ce voyage au pays du souvenir, je me sens forte de la certitude d’avoir su t’aimer quand il était encore temps. Je les regarde autrement, eux qui sans le savoir, m’ont conduite de la haine à l’amour.
Cette mère et son fils vivent leur amour comme des nantis. Je sais qu’ils ne savent pas combien ils sont privilégiés. Il fut un temps ou nous étions à leur place. J’ignorais alors que je t’aimais tant, j’ignorais que ces instants n’étaient pas un du ; que nos rendez- vous étaient précieux et rares, je croyais que nous en avions des milliers à vivre.
Je comprenais la phrase si souvent citée : « un seul être vous manque et tout est dépeuplé ».
Je reprends alors mon livre et je termine mon café. La paix retrouvée je me sens lasse de ces instants où ma jalousie me conduit au bord du gouffre pour m’emmener aux portes du paradis.
Mon regard cherche encore ce couple et je sens mon cœur s’ouvrir. Ils s’aiment et à présent j’aime voir cela.
Il lui touche la joue en partant, la taquine comme si elle avait 20ans, puis il se lève et s’en va. Elle sourit et je me revois des années auparavant. Nos regards se croisent, je crois y lire de la complicité, comme si nous nous étions reconnues. Si elle savait… !
Je me lève, la salue en passant, puis je sors et marche dans la rue quand brusquement la vie m’attrape à bras le corps et m’enivre sans remords. Je pense à toi qui l’aimais tant ! Je dois la vivre pour deux à présent. Alors, je chante encore et encore, je chante, puis je ris pour ne plus pleurer, car je sais que mon amour s’envole vers toi qui est, qui a été, qui sera à tout jamais.
La jalousie est un bagage du deuil, parfois c’est difficile, mais c’est ainsi. Il est inutile de se culpabiliser, on a mal, c’est tout. Quand je travaille avec des patients jaloux de leur amoureux, je leur dis : « la jalousie, c’est juste la peur d’être abandonné »
La perte d’un être cher est un abandon dont on n’a plus peur, mais il produit les mêmes réactions. Quand votre environnement éveille chez vous un sentiment de jalousie, laissez voyager la colère, la haine, le sentiment d’injustice qui l’accompagnent. Laissez les se transformer en stress nécessaire pour naviguer dans un passé aux parfums d’un présent. Retournez là où vous avez aimé et nourrissez vous encore et encore : L’amour est toujours vivant.











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