La dernière leçon : l'amour inconditionnel
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Après la mort, la vie
Accompagner une mère qui peu à peu régresse, physiquement et mentalement, c’est assister à ce fameux naufrage ! Qui peut être parfois un chef d’œuvre.
Le futur lui fait tellement peur, qu'il se résume pour être viable, à un présent éternellement renouvelé, à un passé toujours plus présent. Il y a une sorte de magie à s'émerveiller et à s'émerveiller encore. Tout est nouveau et tout est ancien: elle rejoint l'intemporel.
Peut-être que l'instant final, c'est de s'émerveiller et de s'étourdir dans simplement le fait de respirer.
Vivre à coté d'une mère qui peu à peu perd tous ses repères et tout ce qui faisait sa spécificité, tout ce qui a permis de se construire, est parfois effrayant.
Quand, la "Mère Royale," "Parade des mauvais jours", "Aimable bouc émissaire" sur qui on peut taper et éviter de se voir mourir, s'abandonne à son âme d'enfant et devient peu à peu une chrysalide, elle te confie à la vie. Sa peur rejoint la tienne. Quand elle s'efface, le vide te fait face.
La dernière leçon.
Comment garder des gestes respectueux, aimants, quand il faut faire la toilette, guider, veiller sur cet être qui était un rempart et qui peu à peu devient un marécage dans lequel tu as peur de mourir?
Je crois que l'art de l'aimer dans sa fragilité, son aigreur, sa violence face à l'impuissance qui la tyrannise, est la route de l’amour inconditionnel. René char écrit : " Ne te courbe que pour aimer; quand tu meurs, tu aimes encore."
C'est la route de la capitulation, pour l'une comme pour l’autre. Peut-être aussi la découverte du silence qui peut enfin s’installer, sans rancune, sans demande. Juste être là dans l'attente que l'une s’efface.
C'est l'attente du dernier soir qui fait mal, de cette fin qui délivre et relie à tout jamais. Accepter ce qui ne peut-être changer, c'est une route qui peut se vivre à deux.
Ce marqueur : " la mère" qui connaissait ton enfance du temps où la mémoire te faisait défaut est à présent à la merci de la tienne.
Les rôles s'inversent, tu es la seule à savoir ce qu'elle oublie. Au fil du temps, sa mémoire par contre emporte les souvenirs de ta vie d'enfant, souvenirs que tu ne retrouveras jamais. Toi aussi, tu rencontres sous une autre forme l'acceptation de l'oubli. Il est dur à vivre le temps ou l'on partage l'incertitude et en même temps l'assurance de se perdre. Combien ce dernier morceau de route est à l'inverse de ce brillant début de vie.
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Y a t-il une recette pour accompagner l’ignorance de l'inconnu, la conquête de l'impuissance, la lente dégradation physique et la peur en toile de fond qui imprègnent chaque jour?
Je crois que le seul moyen de vivre le moins douloureusement possible cette épreuve, c'est de se dire que nous sommes fabriqués pour vivre cela.
Nous avons en naissant perdu la moitié de notre corps en laissant le placenta. C'est aussi l’amputation de tout un monde vivant et riche pour le bébé aquatique. Nous savons donc perdre pour avoir autre chose. Nous avons déjà connu le corps qui se transforme et devient difforme, les douleurs, les contractions, la peur d'un inconnu qui fait tant souffrir, "on sait faire".
On va vers sa naissance dans la douleur. La plupart du temps, pour sa mort c'est la même chose.
Celui qui accompagne est semblable à une « sage femme » qui ne doute pas de l'heureuse issue et ne s'effraie pas des cris, des angoisses de la future maman.
C'est la vie ! La clé est là. La confiance inconditionnelle en la vie, quelle que soit la forme qu'elle prend.
Aime cette mère en détresse qui ne veut pas vieillir, c'est le plus beau cadeau que tu puisses te faire et regarde au-delà du naufrage, la conquête de l'instant. Admire la force de cette âme qui continue à vibrer devant un tableau, un dimanche ensoleillé... respecte la guerrière qui peu à peu, privée de tout, continue à respirer avec force, courage et ténacité.
Il faut être courageux pour bien vieillir. Je ne doute pas que l'on arrive à y trouver la sagesse de la vie.










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