Je ne suis riche que de mes mots

J'ai exercé le métier d'infirmière pendant 35 ans. Cette activité passionnante m'a confrontée avec la beauté de la naissance, j'ai toujours eu quelques larmes et une bouffée d’émotion à entendre le premier cri de la vie.

Mais j'ai aussi côtoyé le drame de la souffrance chez les patients, la lutte intense pour vivre, le souffle qui s'affaiblit, l'agonie et la mort au bout du chemin.

En fin de carrière, j'ai exercé en service de soins palliatifs, appris à affronter avec sérénité les derniers jours de la vie, à apporter écoute et réconfort aux familles et accompagné jusqu'au dernier souffle, celui qui s'en allait.

J'ai eu la chance de savoir trouver les mots qui apaisent et de savoir me taire quand il n'y a plus que la main dans votre main pour passer de l'autre côté.

La mort est un sujet tabou dans notre société mettant en valeur le jeunisme.
La mort est au bout du chemin, quel que soit l’âge. Elle nous attrape par la maladie, l’accident, la vieillesse.
Est-ce donc si difficile d’imaginer la fin de sa vie ?
S’y préparer facilite bien des choses, l’accepter comme un événement inéluctable, nous rend moins fragile face à l’évènement.

 

Infirmière en soins palliatifs pendant des années, j’ai souvent côtoyé le mourir.
J’ai été étonnée de voir la maturité et la sérénité avec lesquelles les enfants affrontent ce moment bouleversant.
J’ai été émue, souvent au bord des larmes en voyant un patient très âgé (93 ans) pleurer dans mes bras parce qu’il voulait vivre encore !

 

J’ai consolé des familles en trouvant les bons mots pour les rassurer et souvent les déculpabiliser.
J’ai souvent franchi l’espace infime qui sépare la vie de la mort. A plusieurs reprises, j’ai échappé de justesse, j’étais solide.

Aujourd’hui, atteinte d’une maladie auto-immune, incurable, qui me détruit petit à petit, je réfléchis à ce passage inconnu, cet au-delà dont on ne revient pas.
Je suis prête à partir. Je n’ai pas fait de testament, je n’ai pas de bien à léguer, je ne suis riche que de mes mots.
J’ai écrit quelques messages pour les gens que j’aime, mes enfants, mes petits enfants, ceux qui ont croisé ma route et m’ont donné de l’amour ou de l’amitié.

Je ne laisserai que des poèmes pour laisser ma trace…

 

La mort

J’ai lu tous les livres
Rêvé de tous les ports
Tâté parfois la mort
Mais je vis, je vis encore

J’ai parcouru tant de chemins
Longé souvent les ravins
Pleuré dans mes deux mains
Ce singulier mal de vivre

J’ai parfois désiré la mort
Quand le mal était trop fort
Tout cela aurait du me détruire
Et je suis là, encore à rire

Je suis toujours là à savourer
Les petits bonheurs de l’été
Les coquelicots dans les blés
Dans la mer bleue me baigner

La vie est à multiples facettes
Tantôt noires, tantôt bleues
Faudrait- il donc qu’on la jette
Quand elle devient sac de nœuds ?

La vie, si douce, si dure soit elle
Nous donne des oasis de bonheur
Pour colorer de bleu nos souvenirs
Sans cesse elle se renouvelle

Mais la mort n’est pas ennemie
Elle vient à nous, à son heure
Parfois à temps, souvent trop tôt
Elle nous déshabille de la vie

La mort, c’est un étrange silence
Qui nous ferme brusquement les portes
Quand dans ses bras elle nous emporte
Qu’il ne vous reste que les souvenirs

« Quand mûrissent les étoiles »

 


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Derniers commentaires

je vous envoie une grosse grosse bise et comme on fait chez les indiens je vous prends dans mes bras et nous faisons un grand Hugh. Quel bonheur de vous lire! vous êtes devenue la racine profonde du mot Sage femme on dirait dans le chamanisme "femme médecine" Celle qui a traversé la vie et les épreuves qui la jalonnent sans jamais être aigrie . Quelle richesse car ne dit on pas qu'on mesure la richesse d'une vie a ce qu'on a su donné!