Ecrit le 11/10/2015

Voilà une semaine jour pour jour que des violents orages se sont abattus sur la Côte d’Azur.

Montée des eaux, coulées de boue, inondations, rien n’a été épargné à cette région qui, de Mandelieu la Napoule à Nice a comptabilisé une vingtaine de morts et 2 disparus.

Un bilan désastreux pour une réalité qui l’est tout autant.

Au lendemain de cette nuit de chaos, les rues de toutes ces stations balnéaires du littoral n’étaient plus que désolation, enchevêtrement de voitures ou de tôle arrachée, bitume éclaté ou maisons effondrées.

Comme toute actualité sensationnelle qui se respecte, les médias ont récupéré l’évènement à grand renfort d’éditions spéciales, de gros titres et de photos fournies par les internautes. François Hollande et Bernard Cazeneuve étaient sur le terrain pour constater l’ampleur des dégâts et promettre au plus vite ce décret attendu avec impatience, celui-là même qui permet en théorie d’être indemnisé plus facilement en cas de sinistre : «l’état de catastrophe naturelle ». Toutes les télévisions se sont mobilisées pour informer les Français de la gravité de l’évènement.

Très vite, la mayonnaise a fini par retomber au niveau national, mais au niveau local, ce sont des milliers de personnes qui ont continué de se débattre au milieu de procédures administratives trop lourdes et d’un paysage de désolation. Comment justifier ses biens quand ceux-ci sont partis dans une coulée de boue, comment estimer une indemnisation quand on n’a pas forcément eu l’idée de se prendre en photo avec des bijoux de famille. Les assurance remboursent le matériel, mais pas la douleur.

Intempéries en direct

Aurait-il eu une mobilisation aussi importante, une solidarité aussi puissante si cette catastrophe ne s’était pas étalée sur les réseaux sociaux. ?  En quelques minutes, il était possible de savoir quel quartier était inondé et surtout à quel endroit les secours devaient se rendre en urgence.

Le maire de Cannes,  David Lisnard, était lui-même les pieds dans l’eau du fait de son appartement inondé. Il n’a pas attendu bien longtemps pour intervenir au plus vite sur le terrain et mettre en action toutes les ressources de secours et de soutien aux Cannois qui allaient connaître des heures de grande désolation.

Les vidéos publiées sur Facebook ou Youtube font froid dans le dos. Qui aurait pu se douter qu’une telle menace pouvait planer sur cette ville ?

Aux intempéries meurtrières s’est succédé un ciel bleu éclatant, de celui que l’on a l’habitude d’observer sur la Côte d’Azur. Une couleur qui est à l’origine de ce même nom puisque c’est Stephen Liégeard, poète et écrivain français, (mort à Cannes en 1925) qui avait décidé de nommer ainsi ce bout de la France dont la délimitation suscite toujours quelques désaccords.

Cannes a été la ville la plus touchée en termes de dégâts matériels. Des familles ont tout perdu. D’autres ont eu un peu plus de chance car à une rue près, de nombreux quartiers ont été épargnés, tout au plus quelques voitures inondées. Celui qui avait décidé de garer sa voiture dans une rue habituelle ne pouvait pas se douter que pour le coup, c’était une réelle loterie qui allait se dérouler quelques heures plus tard. Perdants versus chanceux, peut-on parler de fatalité, de destin, de « faute à pas de chance ». Les spéculations vont bon train concernant les prévisions météo. Les réseaux sociaux s’enflamment en accusant l’hyper bétonisation du littoral azuréen, les plus philosophes préfèrent penser que nous n’échapperont pas aux dérèglements climatiques. On entend même parler de « tempête tropicale ». Mais malgré toutes ces tentatives d’explications rationnelles,  le bilan reste tragiquement élevé.

Cannes, le luxe dans la boue

Cannes est une ville de renommée internationale, pour son glamour, ses strass, ses paillettes et son brin de superficialité occasionné chaque année par le Festival International du Film, l’évènement le plus médiatisé au monde ex-aequo avec les Jeux Olympiques.

Il est des lieux que l’on imagine souvent comme immunisés du chaos. Image complètement stéréotypée et absurde. Pourquoi une ville «vitrine» n’aurait-elle pas le droit à son lot d’épreuves et de souffrance ? Est-on plus à l’abri de l’adversité quand le loyer des occupants du lieu est largement supérieur à la moyenne nationale ou qu’en matière de véhicules de tourisme,  le taux de présence de Lamborghini au mètre carré avoisine les 70% (taux un peu Jaguar, Bentley…).

Une ville écrin, autant par son histoire, que par son architecture, sa douceur de vivre. Cannes annonce 300 jours de beau temps par an.

En deux heures est tombée sur Cannes une pluie équivalente à ces 65 jours restant.

Toutes les paillettes et tous les strass n’ont pas épargné ses habitants et riches, pauvres, jeunes ou vieux, ils ont dû faire face à cette catastrophe humaine. Car la ville est désormais en état second.

Eventrées, retournées, Cannes et ses voisines d’azur sont comme en suspend. Le soleil ne réussira pas à réparer des dégâts qui se chiffrent d’ores et déjà à plus de 550 millions d’euros sur une bonne partie du littoral méditerranéen, jusque dans les terres.

La nouvelle gare SNCF de Cannes inaugurée il y a peu s’est vue complètement inondée. Des coulées de boue ont dévasté des quartiers entiers aux alentours où l’eau est montée à des hauteurs effarantes, dépassant quelquefois les 1 mètre 80, des restaurants récents qui venaient à peine de terminer leur première saison ont été détruits à plus de 95%.

Solidarité 2.0

La solidarité s’est organisée. Un élan sans précédent qui aura peut être permis de faire tomber quelques préjugés. Non, dans le Sud de la France, il n’existe pas qu’une seule catégorie de population : aisée et oisive. Il y a aussi des gens de classe moyenne, ou modeste. Et la misère n’est pas moins pénible au soleil.

Certes, ce cette région de la France ne comporte pas les stigmates d’un passé douloureux comme on peut l’observer dans le Nord Pas de Calais où l’histoire a laissé des traces. Pas de bassin minier, pas de bombardements. Une existence que l’on aurait pu qualifier de facile et d’agréable dans une région convoitée par bon nombre de salariés ou de retraités qui espèrent y finir leurs jours, pour la douceur du climat et cette végétation qui ne meure jamais.

Mais cette jolie image d’Epinal n’a pas empêché ce tsunami improbale. Une semaine plus tard, il n’en reste pas moins des gens toujours sous le choc, traumatisé par une nuit infernale. Des gens qui avaient jusqu’à ce samedi 3 octobre, une vie convenable, cadres, ouvriers, artisans, employés,  à milles lieux de se douter que leur existence allait basculer dans l’horreur en quelques heures.

Les cannois, ainsi que tous les autres habitants des communes touchées par ce drame, se relèveront doucement, pas à pas. Sonnés et certainement traumatisés par un évènement sans précédent. Une des inondations les plus meurtrières dans cette région depuis les quinze dernières années.