Face au deuil, les pulsions qui dérangent.
« Mon père est mort, je suis allé voir une pute. » Jacques, 51 ans
« Mon père est mort, j’ai baisé l’infirmier de garde » Céline, 33 ans
Ces phrases ne sont pas sorties d’un roman à sensations, elles appartiennent à certains de mes patients.
Ils viennent me voir, car ils sont rongés par la culpabilité.
Ils s’interrogent sans cesse. Et leurs questions sont toujours les mêmes : « Que m'est-il arrivé ? » « Comment ai-je pu faire ça ? » « Ce n’est pas possible, ce n’est pas moi ? ».
J’observe au cours des séances, la honte qui mange leurs visages. Les yeux fuient et les mains se tordent, les mots sortent peu à peu, douloureux et incertains. Ils souffrent, je ne vois que cela.
Ils traversent un chaos qui a besoin de mots, pour chasser les maux qui les piègent dans un acte qu’ils n'arrivent pas à assumer.
Sont-ils anormaux, différents de vous ?
Non, même si tout le monde ne réagit pas de la même manière, la mort d’un proche modifie la libido pour un temps plus ou moins long , de manière plus ou moins intense.
A l'inverse, l'absence totale de désir, pendant de longs mois peut être une autre forme d'expression.
Plus la personne décédée est proche, plus la sensation de tomber dans un gouffre est forte. Pour beaucoup c’est assimilable à une noyade.
Les récits que je recueille sont construits avec des métaphores similaires :
Jacques raconte : « Juste après sa mort, je suis parti, je ne pouvais plus rester à ses cotés. J’avais l’impression de me noyer, de disparaître, de me dissoudre, j’étais insensibilisé. »
Pour Céline : « Mon monde s’est éteint, un gouffre s’est ouvert sous mes pieds, une impression de tomber et de ne rien ressentir. J’ai couru dans le couloir, il fallait que je prenne l'air. »
Chacun est à bout; anesthésiés par la douleur, ils s’effondrent.
Puis arrive l’autre. Celui qui réveille par ce qu’il est, par ce qu’il fait, et qui permet au rituel sauvage de se concrétiser.
Jacques raconte " je me suis perdu, je roulais sans but comme un automate et puis je l’ai vue, elle était seule, elle n’avait peur de rien, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, j’ai freiné et puis…"
Céline en pleurant me confie : " j’étais aux toilettes, il n’y avait personne dans le service, 3 heures du matin. Il est arrivé et il s’est inquiété pour moi. J’ai eu chaud et je suis tombée dans ses bras et puis… c’était plus fort que moi. "
Chacun dans ces deux exemples a rencontré celui ou celle qui a déclenché la pulsion archaïque de vie.
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Psychologie


Dans un cri, dans un souffle, il ou elle a touché en lui la partie animale qui veut vivre, quel qu'en soit le prix. Dans cette danse brutale, dépourvue de toute affection, ils ont transcendé leur peur, l’abandon, et se sont rafraichis à l’énergie de vie.
Le coït symbolise le début de la vie, il s’oppose au dernier souffle. Est-ce que ce qu’ils ont fait est mal ou bien ?
Il n’y a pas a juger, c’est juste humain.
Ce qui est sûr, c’est que dans tous les cas, c’est difficile à assumer. Car cette réaction nous ramène à l’expression de notre animalité. Nous sommes des mammifères et nos pulsions sont l’expression de cette nature. « La bête » comme l’appelle Françoise Dolto en parlant du corps veut vivre et parfois elle est prête a l’inacceptable pour cela.
Si vous avez été soumis à cette forte pression et que vous le vivez mal il faut en parler, vous n’êtes pas malade ni anormal, vous êtes juste très malheureux et vous avez cru mourir avec celui qui est parti. Le contexte, l’opportunité ont permis cela.
Beaucoup d’entre nous ont eu ce désir, mais le plus souvent l’environnement n’est pas propice à sa concrétisation. Tout le monde ne rencontre pas un infirmier …Tout le monde ne se perd pas en ville …
Pour la grande majorité cette pulsion s’exprime au travers de cauchemars, de fantasmes, qui servent d’exutoires. Ils ne sont que la manifestation primaire de la Vie qui bout et ne veut pas mourir.










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