Euthanasie: "J'ai aidé ma femme à mourir"
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On ne mourra pas d'en parler
C'est un homme de 85 ans tout en pudeur. En mars dernier, bravant la loi française sur l'euthanasie, Monsieur M. a permis à son épouse, Blanche, atteinte d'un cancer en phase terminale, d'en finir. L'Express a recueilli son témoignage exceptionnel.
Quand, de sa main tremblante de vieil homme, il lui a tendu le verre pour qu'elle le porte à ses lèvres, il pleurait comme un enfant. En la regardant se redresser péniblement, il a murmuré: "Tu te rends compte ce que tu me fais faire, mon amour?" Ce furent ses derniers mots à Blanche, dans la chambre aux rideaux tirés. "Mon amour."
En soixante ans de mariage, une vie l'un pour l'autre, lui, publicitaire, elle, fonctionnaire dans un organisme international, c'était la première fois qu'ils se quittaient. Ce 9 mars, jour de soleil froid, le ciel de Paris étincelait. Elle, dans la pénombre, sur son lit, recrachée par l'hôpital après un mois de soins, faisait la morte sans l'être tout à fait. "Elle n'avait presque plus de corps, 40 kilos, peut-être, souffle Jacques, assis sur le canapé du salon. Elle ne pouvait plus manger, se lever. Il n'y avait plus que sa tête qui marchait, jusqu'au bout. Encore un jour avant sa mort, devant la télé, elle répondait à Questions pour un champion mieux que les candidats."
C'est idiot, quand l'hôpital l'a relâchée, en février, Jacques a pensé que les choses iraient mieux. "Trois jours avant la sortie, ils m'avaient dit: "On va pouvoir vous la rendre." C'est tout. Et, quand on sort de l'hôpital, c'est qu'on est sur la bonne voie, non ?" sourit-il faiblement. Blanche y avait été admise en urgence un mois plus tôt, en janvier. Le couple revenait tout juste des Etats-Unis, où il était allé rendre visite à l'un de ses fils. Fatiguée, déjà, elle avait marché une dernière fois sur le fil des petits bonheurs en famille, mamie gâteau, joueuse. En rentrant, assaillie de douleur, elle ne pouvait plus poser un pied par terre. Le cancer du poumon, diagnostiqué deux ans plus tôt et enrayé par des chimiothérapies successives, avait décidé de faire son nid dans tous ses vaisseaux.
Au retour de l'hôpital, donc, en février, Jacques a appelé la cancérologue pour reprendre rendez-vous. Il n'y aura plus de rendez-vous, a gentiment répondu la cancérologue. C'est comme ça qu'il a compris.
Le vieil homme a raccroché comme un funambule, au milieu de son salon aux teintes pastel. Il est allé voir Blanche dans la chambre. Elle dormait. Ses 84 ans et ses cheveux gris n'avaient pas altéré l'épure de son visage, empli d'ombres, ni la transparence de sa peau. Blanche... Rien ni personne ne lui avait jamais dicté ses actes... Elle avait adhéré à l'Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD) vingt ans auparavant, comme lui. Ils l'avaient fait ensemble. Ils ont toujours tout fait ensemble. Les voyages, les brocantes, les bric-à-brac, pour farfouiller, dénicher la gravure de leurs rêves, eux qui aimaient les lignes simples,calmes, ciselées......... lire la suite sur l'Express










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