Ce que la mort a changé dans votre vie

Peut – on parler de mort « utile » ? Les stéréotypes nous représentent l’utilité de la mort lorsqu’une vie est ôtée  pour en sauver une autre.  Mais au-delà de la finalité de la mort, et du cycle inéluctable de la vie, (naître, vivre, mourir …) est-ce que la mort peut nous apporter une quelconque utilité ? La mort ne pourrait – elle pas déjà nous faire avancer sur un autre chemin de vie ?

 

La souffrance inévitable

 

Il est quasiment impossible pour tout être humain de savoir à l’avance dans quel état émotionnel il va se retrouver lorsqu’il devra faire face aux évènements tragiques qui joncheront le cours de sa vie. Une vie, si préservée fût-elle, n’échappe pas au cours des choses et à son lot de deuils.

La souffrance occasionnée par une disparition est un état que l’on ne souhaite à personne. De façon plus personnelle, il ne nous est pas vraiment possible de quantifier cette souffrance, puisque chaque deuil est unique de par le degré de souffrance qu’il engendrera.

Il ne s’agit pas là de dire que l’on aura plus ou moins de peine ressentie selon la nature des relations entretenues avec la personne qui nous a quittés. Il y a simplement un fait : une disparition engendre une souffrance, laquelle engendre un état qu’il va nous falloir gérer, bon gré mal gré.

Outre toute la panoplie médicale nécessaire à la remise en route d’un psychisme éprouvé par une disparition que l’on pourrait qualifier de «dans l’ordre des choses», il y a la catégorie «traumatisme» dans laquelle sont rangées les morts violentes ( suicides, accidents, attentats, catastrophes naturelles, assassinats… ), les maladies, … L’être humain traumatisé approche au plus près de l’aspect le moins logique et le plus injuste de la mort. La prise en charge psychique doit être automatique et largement suivie.

 

Donner un sens à la mort

 

Bien souvent, pour arriver à gérer ses émotions et sa tristesse, la personne ressent le besoin de donner un sens à une disparition. C’est le cas par exemple des parents d’enfants victimes d’accidents de la route ou de maladies incurables. Des associations se créent, des actions sont menées et la mémoire de l’enfant disparu est ainsi entretenue. Ces personnes ont su transformer leurs émotions en donnant un sens à leur drame. Chaque disparition a forcément une explication. Et qu’elle soit ou non dans la logique des choses, lui donner un sens peut faciliter le travail du deuil, et permettre ainsi d’avancer, de se projeter dans l’avenir.

Anaïs a 37 ans. C’est une jeune femme enjouée, gaie, pétillante de vie, toujours prête pour faire la fête, toujours disponible pour les autres.

Les années qui passent dans son petit monde ont eu raison de ses proches, Elle est désormais seule au milieu de sa vie. Un père, une mère, un frère …Ils sont partis tour à tour  vers d’autres cieux dans des conditions pas vraiment acceptables par le commun des mortels. Des conditions suffisamment éprouvantes pour que des questions restent sans réponses. Pour que le doute subsiste sur certaines situations … « Et si j’avais fait ci … Et si j’avais dit ça … ». Et pour que le traumatisme soit encore à vif, bien ancré dans son quotidien.

 

Grâce à une immense force de caractère et au travail qu’elle réussit à mener sur elle-même depuis de nombreuses années, Anaïs refuse de sombrer, sans occulter pour autant les névroses auxquelles elle doit faire face. Elle apprend désormais à vivre avec, en essayant avant tout de transformer toutes ses émotions en énergie positive, celle là même qui fait tant avancer.

La mort a changé sa vie en ce sens qu’elle lui a fait prendre conscience que nous étions seuls maîtres de notre destin. Personne ne peut décider à notre place d’être heureux ou malheureux.

Choisir d’avancer malgré les drames et l’adversité, c’est choisir la vie ! C’est décider envers et contre tout de conjurer le sort qui  quelquefois semble s’être acharné sur notre personne. C’est refuser une fatalité qui finalement n’existerait que dans une infime partie de notre inconscient.

La mort n’a d’utilité que lorsqu’elle transmet à celui ou celle qui en fait l’expérience, ce don si précieux qu’est l’envie de vivre. Utiliser ce don pour ne plus être simplement spectateur mais acteur de sa propre vie.

 

Une mort pour reconsidérer sa vie

 

Pourquoi faudrait-il attendre demain pour déclarer son amour ? Pourquoi  ne pas décider là, tout de suite de se faire un immense plaisir, d’aller retrouver des gens qui nous sont chers, de réaliser un vieux rêve, de faire des projets, de se rassembler, de reprendre contact avec de vieilles connaissances perdues de vue pour des raisons dont nous n’avons plus la moindre idée ou bien simplement, de s’arrêter quelques instants pour prendre une pause au milieu d’une vie  trop alourdie de contingences domestiques.

Chaque disparition doit nous faire progresser, nous enseigner un peu plus d’humilité et nous rappeler à quel point notre visite sur cette terre est furtive. Nous ne faisons que passer.

Se retrouver confronté à la mort nous plonge dans un merveilleux paradoxe, une extraordinaire capacité de réussir à nous faire sentir réellement vivant.

 

« Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie. »

Pierre de Ronsard, Sonnets pour Hélène, 1587


Ajouter un commentaire

Identifiez-vous ou devenez membre
pour poster un commentaire.

Derniers commentaires

Souffrance inévitable à laquelle on apprend à faire face avec le temps. Un premier décès dans la famille sera toujours plus mal vécu que ceux qui suivront.