Après la mort, la vie
Je suis née dans une famille où communiquer avec les disparus a toujours été considéré comme allant de soi. Cela n’était ni un don ni un quelconque pouvoir, c’était juste la vie. Cette éducation ouverte aux mondes sensibles n’a pas été facile à intégrer dans un monde où tout doit être expliqué et reproductible. C’est la rencontre avec les amérindiens qui m’a permis de mettre en place un pont entre les deux cultures. J’ai acquis un savoir modeste pour laisser passer les images et accepter l’impuissance de celui qui voit.
Ces perceptions m’ont beaucoup aidée dans ma vie et puis lorsque j’ai perdu les miens.
Quand j’ai perdu mon père, j’ai pu faire appel à lui dans des moments éprouvants ou dangereux. Ces conseils, les informations concrètes qu’il m’a transmises, m’ont été d’un grand secours. Cependant, quand mon fils est mort, j’ai été confrontée à une grande difficulté pour communiquer avec lui. Ce fut la découverte d’une autre dimension. Cette épreuve m’a confrontée avec la spécificité du rapport mère-enfant.
Le lien maternel à fait de moi une mendiante impénitente qui en veut toujours plus.
Quand j’ai un signe de sa part, j’explose de joie et une minute après je doute de sa réalité. Pourtant, quand c’était mon père qui venait dans la voiture, prenait la place de mes mains sur le volant, je laissais l’échange se produire avec la paix qui naissait en moi. Souvent il n’y avait pas de mot, juste un bout de route à faire ensemble, cela me rendait profondément heureuse et me suffisait. Avec les années, les rencontres se sont espacées jusqu’a disparaître.
Quand le même phénomène se produit avec mon fils, je reçois avec bonheur cette rencontre, mais je l’interromps avant qu’elle se termine naturellement. Peut- être que j’aime tellement sentir mon visage se transformer pour se fondre dans une de ses expressions, que le vertige de la fusion me fait peur. Quand je retrouve la complétude de cet amour, j’approche le gouffre de l’absence qui par sa froideur me jette au sol.
Le bonheur de sa présence rejoint la révolte de son absence.
Peut être que le mort d’un enfant à la particularité de mettre la mère dans sa fonction de sage femme qui ne cesse de le « mettre au monde ». Ma manière de le repousser, c’est aussi ma façon de lui redonner la vie. Il est ailleurs dans un espace où je n’ai pas encore ma place. Mon geste impulsif est peut-être l’expression archaïque de la fonction maternelle. Expulser l’empreinte terrestre de l’enfant pour qu’il vive librement et en paix, sa vie de mort
La dimension maternelle prend parfois des chemins inattendus ! Qu’il soit mort ou vivant nous ne cessons pas de les mettre au monde. Le but d’une éducation réussie c’est : « l’envol ».
Parfois il part très loin mais pour une mère il est toujours très près. Dans la mort aussi, nous avons à couper les liens qui empêchent de voler. C’est pour cela que je ne cesse pas de le perdre et que chaque contact est un deuil renouvelé.
Pourtant mon oreille de thérapeute ne peut s’empêcher de voir dans cette dynamique le moyen de le garder très proche puisque la douleur ne peut pas s’apaiser. C’est cela la particularité pour moi du deuil maternel; au fond je ne souhaite pas la délivrance même si la souffrance est infinie.
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Nathalie-maman-Quentin











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