Virginie Pons

Après la mort ?

Que nous disent les philosophes ?

L’idée d’une vie après la mort ou « transcendance », « conscience », l'« âme » par rapport l’existence bio-psychologique.

Une façon de ne pas être troublé par la mort ?

C’est le chapitre sur lequel l'anthropologie, la philosophie, la science et la religion sont d'accord. A travers cette conscience de soi, l'homme se connaît, il se comprend d'un point de vue extérieur à lui-même.

Le recul par rapport à soi, la religion le nomme l'« âme ». Le philosophe Jankelevitch pose clairement de problème : « Au point de vue scientifique et philosophique, conceptuel disons la survie paraît irrationnelle, elle n'est pas prouvée, elle ne peut pas être expérimentée et elle semble même contredire la réalité qu'est la déchéance de l'être humain. Mais, d'un autre côté, d'un point philosophique, comment concevoir qu'une pensée qui pense la mort puisse être détruite par la mort, puisque, la pensant, elle lui est supérieure ? ».

On peut en effet considérer que la conscience est distincte de la vie elle-même, la vie étant définie comme ce qui est détruit par la mort. Henri Bergson va plus loin. Il considère que le cerveau ne produit pas la pensée mais qu'il est un instrument qui lui donne les moyens de s'extérioriser, un peu comme un poste récepteur de radio qui permet à la musique diffusée par un émetteur de se faire entendre. Et Bergson en conclut que la disparition du corps et du cerveau n'entraîne pas obligatoirement l'anéantissement de l'« esprit ». De même, si un poste récepteur tombe en panne, cela ne signifie pas que l'émetteur cesse d'émettre et que la musique soit anéantie.

Dans VIE, il y a la vitalité et le principe qui la suscite. Or la mort n'atteint que la vie elle-même. Le principe, lui, parce qu'il est transcendant n'est pas atteint par la mort. Ainsi, même sur le plan philosophique, se pose le problème de la « vie éternelle » : c'est la « vérité » de ce que nous avons vécu qui demeure éternellement. Exemple : sur le mur d'un immeuble où a vécu la sculpteur Camille Claudel, il y a une plaque sur laquelle est écrit: « rien ne pourra jamais effacer le fait que, dans cette maison, Camille Claudel a vécu, travaillé et souffert de 1922 à 1938 ».

Vérité ineffaçable ? « c'est vrai » au sens où aujourd'hui « ce que Camille Claudel a vécu » (au passé) « de 1864 à 1943 ». Et dans cent ans, dans mille ans, ce sera toujours vrai de la même manière.

 

Est-ce donc vrai pour l'éternité ?

Pour nous aussi ce que nous avons vécu et ce que nous vivrons jusqu'à notre mort s'inscrit dans l'éternité…. La parabole du riche et du pauvre Lazare (Luc 16,19-31) exprime ceci très bien. Le riche a été égoïste. Et il l'est pour l'éternité. Dieu lui-même ne peut pas changer le fait qu'il fut égoïste. L'éternité ne peut réparer l'histoire.  

Le passage de cette vie-ci à une autre ressemblerait-il à la métamorphose de la chenille en papillon ? Nous trouvons cette image chez Pythagore et Platon. De même, il faut que le grain meure pour susciter une plante. On pourrait ainsi supposer que, après cette vie, il y a une autre « vie » sur un tout autre plan de l'être et de la réalité. Mais, enfermés que nous sommes dans les limites de cette vie-ci, nous ne pouvons rien dire de cette autre vie. La caverne de Platon dans laquelle nous sommes enfermés n'a pas de trouée sur un au-delà. Et pourtant il pourrait y avoir un au-delà…

 

Que nous disent les religions ?  

« Un amour m'attend » c’est ce que dit le fond commun de l'enseignement des religions sur l'au-delà de la mort. Il n'y a pas une frontière absolument étanche entre l'au-delà et l'ici-bas. En fait l'au-delà permet la plénitude de la réalisation de ce qui, ici-bas, a été vécu de manière imparfaite et mélangée (cf la parabole évangélique du mélange du bon grain et de l'ivraie). Paradoxalement, exaltée : on y connaît le vrai bonheur, la béatitude, le repos... 

Le décès opère une séparation entre l'âme et le corps. Mais ce corps, en devenant corps glorieux, se fera âme. Nous rejoindrons la source et le « tout » dont nous ne sommes qu'une partie, dans une sorte d'immense « communion des saints » (cette expression ne supposant pas forcément la persistance d'existences individuelles puisqu'il s'agit aussi de la « communion de tout ce qui est saint » - ce qu'il y a de saint dans chaque homme.   

 

Le mystère  

A notre mort ce qu'il restera de nous, c'est notre « mystère ». Ce mystère c'est notre vérité éternelle. Qui étions-nous vraiment, reste une énigme. Ce mystère, c'est l'image de Dieu en l'homme. Quand Genèse 1,26 dit que l'homme est à l'image de Dieu, cela veut dire qu'il est à l'image du mystère de Dieu. Ainsi, le mystère, c'est peut-être ce « caillou blanc » (Apoc 2,17) qui a été donné à chacun d'entre nous et sur lequel est écrit un nom que personne ne connaît hormis Dieu. En fait ce mystère, c'est ce qui, en nous, est « de Dieu », ce qui vient de Dieu et qui retourne ensuite à Dieu.  

« Un amour m'attend »  Il y a un texte que l'on entend souvent lors des services funèbres. Il a été écrit par une religieuse, sœur Marie du Saint-Esprit. « Ce qui ce passera de l'autre côté, Quand tout pour moi aura basculé dans l'éternité, Je ne sais pas : je crois, je crois seulement qu'un amour m'attend. » La plupart d'entre nous sommes en fait tout à fait sceptiques quant à l'existence d'un au-delà.

Et pourtant nous avons envie qu'on nous dise qu'il y a « quelque chose de beau », un peu comme les enfants ont envie qu'on leur raconte un conte. Mais ce n'est pas pour autant la peine d'en rajouter avec des descriptions trop précises.

De plus l'« amour » évoque la paix, le repos, la sérénité, la béatitude, toutes notions qui, elles aussi, sont à la limite de l'impersonnel et du personnel.

Surtout « amour » évoque, mais discrètement, le pardon et la communion retrouvés avec ceux que l'on a aimés, mais insuffisamment, ici-bas.

Enfin, l'expression « un amour m'attend » exprime ce que suggèrent les expériences aux frontières de la mort : nous irions, au bout du tunnel de la mort, vers un monde de béatitude et de lumière qui nous attend.  

 


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Derniers commentaires

Bonjour,

Moi, je ne suis pas du tout sceptique quant à l'existence de l'au-delà, je dirais que je n'ai que certitude. Lorsqu'on perd un enfant, son enfant, comment imaginer un seul instant ne plus le revoir. Lorsque j'ai perdu le mien en 1998, il avait 17 ans, j'ai été noyée dans un océan de chagrin et ce qui m' a aidée, ce sont mes certitudes que mon amour pour lui n' était pas inachevé. Lorsque je l'ai perdu, je suis partie immédiatement à sa recherche, je ne pouvais imaginer un seul instant que tout fut fini, tant d'amour, tant de souffrance réduits au néant, non ! inconcevable pour moi. En faisant mes recherches actives ( lectures, rencontres etc...), j'ai acquis la certitude qu'il y a une autre vie, que Dieu existe, j'ai approfondi ma foi et malgré mon immense chagrin et ma profonde solitude avec les humains, l'espérance de retrouver mon enfant ne me quitte pas, je pense que même ceux qui doutent, espèrent ... Aujourd'hui encore, malgré les années qui passent, je suis passionnée par tout ce qui touche l'au-delà mais avec la foi en Dieu en plus. J' ai conscience que ma vie, mes interrogations, mes recherches m'éloignent des autres parce que lorsqu'on n' a pas vécu un tel amour fracassé on peut difficilement me comprendre, les autres sont trop dans l'artificiel, mes certitudes me rapprochent de mon enfant, je peux lui parler, imaginer sa vie et j'ai tellement hâte de le retrouver, je suis parfois fatiguée de vivre dans ce monde à l'envers de moi.